Togo : Damiba extradé par les autorités togolaises
Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien chef de l’État burkinabè renversé en 2022, a été arrêté au Togo puis renvoyé vers le Burkina Faso à la suite d’une demande d’extradition reçue à Lomé en janvier 2026, selon un communiqué officiel togolais daté du 19 janvier 2026. L’ex-dirigeant, qui s’était réfugié au Togo depuis sa chute, est visé par des poursuites pour des faits qualifiés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, incitation à la commission de délits et crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux. La remise de Damiba soulève des interrogations sur la compatibilité de cette opération avec les principes du droit international relatifs à la protection des réfugiés et au statut des anciens chefs d’État.

SOMMAIRE
Le gouvernement togolais indique avoir réceptionné, le 12 janvier 2026, une demande d’extradition émanant des autorités judiciaires du Burkina Faso et s’être fondé sur un mandat d’arrêt pour procéder à l’arrestation. Du côté burkinabè, des responsables ont publiquement accusé Damiba d’être impliqué dans plusieurs tentatives de déstabilisation depuis sa résidence à Lomé, les épisodes remontant à septembre 2024, avril 2025 et début janvier 2026. En fin d’année 2024, le capitaine Ibrahim Traoré avait demandé la remise de son prédécesseur et, à la même période, Damiba avait été radié des effectifs de l’armée pour « intelligence avec une puissance étrangère ou avec des groupes terroristes » selon les autorités burkinabè.
La formulation retenue dans la requête d’extradition — axée sur des infractions de droit commun — a alimenté les spéculations sur un éventuel arrangement diplomatique entre Ouagadougou et Lomé visant à éviter une qualification politique explicite des faits reprochés. Des juristes et observateurs ont souligné l’absence, dans le communiqué togolais, d’un examen public approfondi des risques pesant sur la sécurité personnelle d’un ancien chef d’État en cas de retour, alors que la jurisprudence internationale impose des garanties en matière de non-refoulement lorsque des risques de persécution existent.
Enjeux juridiques et réactions
L’ancien ministre malien de la Justice, Mamadou Ismaïla Konaté, a exprimé son étonnement face à la « opacité » de la communication togolaise et s’est interrogé publiquement sur la conformité de la procédure avec les normes de protection des personnes bénéficiant d’un statut politique reconnu par la jurisprudence. Selon ses analyses, la présentation des motifs d’extradition sous forme d’infractions de droit commun pourrait masquer des poursuites aux mobiles politiques et exposer l’intéressé à des menaces graves.
Des spécialistes du droit international consultés par des médias rappellent que l’examen des demandes d’extradition doit tenir compte, au-delà des chefs d’accusation, des risques de persécution et des garanties procédurales dans le pays requérant. Ils notent également que le traitement diplomatique des dossiers impliquant d’anciens dirigeants est souvent sensible aux relations bilatérales et aux équilibres régionaux.
Sur le plan politique, l’arrière-plan régional et les relations entre Lomé et Ouagadougou ont été évoqués comme facteurs susceptibles d’avoir influencé la rapidité et la teneur de la décision togolaise. Faure Gnassingbé, chef de l’État togolais, dirige une présidence exercée par sa famille depuis plusieurs décennies et son pouvoir fait l’objet de contestations intérieures, ce qui, selon certains analystes, peut peser sur ses choix diplomatiques
Selon les communiqués officiels, Paul-Henri Sandaogo Damiba se trouve désormais placé en détention à Ouagadougou.

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