Sénégal : trois chroniqueurs pro-Pastef condamnés pour offense au chef de l’État
Trois chroniqueurs d’un média en ligne proche du parti Pastef d’Ousmane Sonko ont été condamnés mercredi à des peines de prison ferme par le tribunal de Dakar. Ils étaient poursuivis pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs après la diffusion d’une vidéo visant, selon l’accusation, le président Bassirou Diomaye Faye.

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Lamignou Darou a écopé de trois mois de prison ferme, tandis qu’Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont été condamnés chacun à deux mois ferme. Les trois hommes devront également payer une amende de 500 000 francs CFA, soit environ 760 euros.
Dans la vidéo à l’origine des poursuites, les chroniqueurs appelaient au malheur et à la mort de « celui qui a trahi le projet du Pastef ». Cette formule a été largement interprétée comme une référence au chef de l’État, même si les prévenus ont assuré ne jamais avoir cité son nom ni celui d’une institution.
Les trois hommes, qui travaillent pour le média Feeñal Digital, avaient été interpellés le 28 juillet dans les locaux de leur rédaction. À l’audience, Lamignou Darou, déjà condamné en octobre pour des faits similaires, avait d’abord assumé ses propos avant d’affirmer qu’il s’était contenté de commenter l’actualité.
Une décision contestée par la défense
Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont expliqué de leur côté qu’il s’agissait de vidéos comiques tournées entre amis. Les trois prévenus ont maintenu qu’ils participaient à une simple discussion sans intention de viser le président sénégalais.
Le parquet avait requis un an de prison, dont six mois ferme, contre Lamignou Darou. Il avait également demandé trois mois de prison ferme contre les deux autres chroniqueurs.
Dans des affaires récentes comparables, la commerçante Adama Ndiaye et le militant Azoura Fall, eux aussi condamnés pour offense au chef de l’État, avaient écopé d’un mois de prison ferme dans le cadre de peines de six mois assorties du sursis. Les condamnations prononcées mercredi apparaissent donc plus lourdes que celles rendues dans ces deux dossiers.
L’avocat des trois prévenus, Me Aby Nar Ndiaye, s’est dit « à la fois surpris et déçu » par le jugement. Il a estimé que rien ne permettait d’établir les infractions reprochées à ses clients, affirmant qu’ils n’avaient « jamais » parlé du président de la République et qu’il s’agissait seulement d’une discussion entre amis.
Un contexte politique tendu
Le procureur a rejeté cet argument, considérant que le destinataire des propos ne faisait aucun doute. Les avocats des trois chroniqueurs ont annoncé leur intention de faire appel de la décision.
Selon la défense, ces condamnations s’inscrivent dans un climat répressif marqué par la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Élu en mars 2024 avec le soutien du Pastef, M. Faye entretient désormais des relations tendues avec le chef du gouvernement, qui dirige aujourd’hui l’Assemblée nationale.
Le différend entre les deux hommes a alimenté ces derniers mois des tensions au sein de leur camp politique. Les partisans de M. Sonko dénoncent une mise à l’écart du projet porté par le Pastef, tandis que le pouvoir affirme vouloir faire respecter les institutions et les règles de droit.
Les trois chroniqueurs resteront en détention dans l’attente de la suite de la procédure, sauf décision contraire de la justice. Leur appel devrait notamment porter sur l’interprétation des propos diffusés dans la vidéo et sur leur lien supposé avec le chef de l’État.


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