Nicolas Yenoussi, Ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance

Nicolas Yénoussi

Ministre délégué auprès du ministre de l'Economie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance — Bénin — Gouvernement du Bénin

Acteurs / Personnalités Politiques
Métier ou Fonction :
Ministre délégué auprès du ministre de l'Economie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance
Organisation :
Gouvernement du Bénin
Né(e) le :
23 septembre 1969
Pays :
Bénin

Bénin : Nicolas Yénoussi, le réformateur fiscal devenu ministre délégué aux Finances

Ancien directeur général des Impôts, Nicolas Yénoussi devient ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance.

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Nicolas Yenoussi, Ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance
Nicolas Yenoussi, Ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance PH: DR
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Nommé ministre délégué aux Finances et à la Microfinance dans le premier gouvernement Wadagni, Nicolas Yénoussi incarne la continuité fiscale de l’ère Talon. Ancien directeur général des Impôts, il a piloté pendant dix ans la hausse spectaculaire des recettes fiscales et la digitalisation de l’administration, avant d’être appelé à élargir son champ d’action à la microfinance, secteur clé pour la formalisation de l’économie béninoise.

Nicolas Yénoussi est diplômé de l’École Nationale d’Administration (ENA) du Bénin et de l’École Nationale des Impôts (ENI) de Clermont-Ferrand, en France – double formation qui fait de lui un pur produit de la filière des administrateurs fiscaux africains formés aux standards de l’administration fiscale française. L’ENI de Clermont-Ferrand est l’école de référence qui forme les inspecteurs des impôts français et accueille depuis plusieurs décennies des stagiaires des administrations fiscales d’Afrique francophone dans le cadre de la coopération technique.

La carrière de Nicolas Yénoussi est entièrement construite à l’intérieur d’une seule administration. Il entre à la Direction des Impôts du Bénin en l’an 2000 et n’en sort pas pendant plus de deux décennies.

De 2000 à 2005, il est chargé d’études assistant à la Division de la Législation, du Contentieux et des Relations Fiscales Internationales – poste qui lui donne, dès ses débuts, une vision transversale du droit fiscal et de ses interfaces avec les conventions bilatérales et les organisations internationales. De 2005 à 2007, il prend la responsabilité de la Cellule des Relations Fiscales Internationales, confirmant une spécialisation dans les mécanismes de coopération fiscale et de lutte contre l’évasion internationale.

De 2007 à 2014 – sept années dans la même fonction -, il dirige la Cellule de Validation et de Restitution des Crédits d’Impôts. Ce poste, méconnu mais stratégique, gère les remboursements de TVA et les crédits d’impôt aux entreprises : il est au cœur des relations entre l’administration et le secteur privé formel, et constitue l’un des points de tension les plus classiques entre contribuables et fisc en Afrique de l’Ouest.

En 2014, il est nommé directeur des Grandes Entreprises (DGE), poste qu’il occupe jusqu’en 2020. La DGE gère les quelques centaines d’entreprises qui produisent l’essentiel des recettes fiscales du Bénin. C’est là qu’il acquiert une maîtrise directe des enjeux macrofiscaux, des relations avec les multinationales et des questions de prix de transfert.

En février 2020, il est nommé chef de l’Inspection des Services des Impôts – poste de contrôle interne qui lui donne une vue panoramique sur les failles et les forces de l’organisation. Il occupe ce poste jusqu’en mars 2023.

2016 : la nomination à la tête de la DGI

Nicolas Yénoussi est nommé directeur général des Impôts du Bénin en 2016, dès l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon. Il a alors traversé toute la hiérarchie de l’administration fiscale depuis ses débuts seize ans plus tôt. Sa nomination intervient dans un contexte de refondation de la gestion des finances publiques : Romuald Wadagni prend le portefeuille de l’Économie et des Finances, avec pour mission d’assainir les comptes et d’accroître la mobilisation des ressources intérieures sans créer de nouveaux impôts.

C’est cette équation – plus de recettes sans nouveaux impôts – que Yénoussi va porter pendant dix ans à la tête de la DGI.

Les recettes fiscales passent de 381 milliards de francs CFA en 2016 à 1 073 milliards en 2023 – une augmentation de 670 milliards en sept ans, soit davantage que les 272 milliards gagnés sur les seize années précédentes (2000-2016), selon les données publiées par La Nation Bénin. En 2024, le taux de pression fiscale atteint 13,2 % du PIB, hausse significative par rapport à 2016. Le taux moyen de réalisation des prévisions fiscales s’établit à 104 % depuis 2017 – les objectifs sont non seulement atteints mais dépassés chaque année.

Ce résultat est obtenu sans hausse des taux d’imposition ni création de nouveaux impôts. Il repose sur deux leviers principaux : l’élargissement de l’assiette – le nombre total de contribuables passe de 18 783 en 2016 à 24 047 en 2022, avec une forte progression des grandes et moyennes entreprises – et la dématérialisation des procédures.

La croissance des recettes entre 2017 et 2021 atteint 13,1 % en moyenne annuelle, contre 5,7 % sur la période 2012-2016, selon Financial Afrik. Plus de 97 % des recettes fiscales sont désormais recouvrées en ligne, réduisant les interactions directes entre contribuables et agents et, avec elles, les risques de corruption et d’évasion.

L’architecte de la digitalisation fiscale béninoise

La modernisation de la DGI sous Yénoussi s’est déployée en plusieurs vagues, dont la première est présentée dès 2017 lors de la publication du Plan stratégique quinquennal.

En 2017-2018, la DGI déploie les téléprocédures – télédéclaration et télépaiement – d’abord à la Direction des Grandes Entreprises, puis à trois Centres des Impôts des Moyennes Entreprises. Les machines électroniques de facturation TVA sont introduites dans le commerce de détail. Une plateforme d’échanges de données est créée entre les administrations financières – DGI, Direction générale des Douanes et Direction générale du Budget – pour le suivi des marchés publics.

En 2019, la DGI lance la plateforme de quitus fiscal en ligne – quitus.impots.bj -, qui permet à tout contribuable d’obtenir son certificat de régularité fiscale en ligne sans se déplacer. Cette innovation, présentée par Yénoussi lors d’une conférence du Cercle de Réflexion et d’Échange des Dirigeants des Administrations Fiscales (CREDAF) à Yaoundé en 2019, suscite un « engouement » des autres administrations fiscales africaines, selon ses propres termes dans une interview à Bénin Révélé Mag. L’expérience du quitus en ligne est qualifiée d’ « innovation africaine et béninoise à exporter ».

En 2021, la DGI publie le nouveau Code général des impôts – loi n°2021-15 du 23 décembre 2021 – qui refond l’ensemble du droit fiscal béninois en unifiant et clarifiant des textes épars, et dont Yénoussi publie les modalités d’application par circulaire dès mars 2022. Un Système Intégré de Gestion des Impôts du Bénin (SIGIBÉ) est parallèlement déployé, avec pour objectif de couvrir l’ensemble des Centres des Impôts des Petites Entreprises (CIPE).

Le Bénin est le premier pays d’Afrique depuis 2023 en matière de transparence des dépenses fiscales, classement qui distingue la qualité des rapports publiés sur les incitations et exonérations fiscales accordées aux entreprises. Cette distinction est directement liée au travail de la DGI avec l’ATAF (African Tax Administration Forum), dans le cadre duquel Yénoussi a conduit plusieurs cycles de formation et de réforme.

Un fonctionnaire au centre de la vie politique

La DGI n’est pas une administration neutre au Bénin. Le quitus fiscal est obligatoire pour toute candidature aux élections législatives, présidentielle et locales. Yénoussi s’est trouvé au cœur de tensions politiques autour de ce dispositif à plusieurs reprises.

En septembre 2025, lors de la préparation des élections générales de 2026, la DGI publie une circulaire demandant aux candidats de préciser le type d’élection dans leur demande de quitus en ligne. Le parti d’opposition Les Démocrates, dirigé par Thomas Boni Yayi, dénonce une procédure discriminatoire dans un contexte où Romuald Wadagni – alors encore ministre des Finances – est candidat déclaré de la majorité. L’opposition parle de conflit d’intérêts. Yénoussi reçoit une délégation du parti le lendemain de la plainte et annonce l’adaptation de la plateforme – une réponse qui préserve l’institution d’une polémique durable mais qui atteste du fait que la DGI est perçue comme un acteur politique indirect dans les cycles électoraux.

Commandeur de l’Ordre national, deux mois avant d’entrer au gouvernement

Le 24 mars 2026 – moins de deux mois avant la nomination de Wadagni à la présidence et la composition du premier gouvernement -, Nicolas Yénoussi est élevé au grade de Commandeur de l’Ordre National du Bénin lors d’une cérémonie au siège de la DGI, en présence du personnel, d’amis et de personnalités des secteurs de la fiscalité et de la finance. La distinction récompense selon le communiqué officiel « son engagement continu, son leadership reconnu et les résultats significatifs obtenus ».

Cette promotion, intervenue quelques semaines avant la fin du mandat Talon, a été lue dans les milieux de l’administration comme un signe annonciateur d’une élévation dans le gouvernement suivant. Wadagni, qui connaît Yénoussi depuis dix ans – les deux hommes ont travaillé en tandem depuis 2016 sur les réformes fiscales -, le nomme le 24 mai 2026 ministre délégué aux Finances et à la Microfinance.

Un portefeuille à deux vitesses

Dans le gouvernement Wadagni, Yénoussi hérite de deux missions de nature très différente. La première – les Finances au sens strict – est la continuation directe de son travail à la DGI : mobilisation des recettes, suivi de la performance des régies financières, interface avec les institutions internationales sur les questions de fiscalité. C’est son terrain naturel depuis vingt-cinq ans.

La seconde – la Microfinance – est un territoire moins balisé pour lui. Le secteur de la microfinance béninoise compte plusieurs centaines d’institutions de crédit, dont le niveau de supervision reste inégal. Des faillites retentissantes entre 2017 et 2020 avaient affecté des dizaines de milliers d’épargnants, et les mécanismes de tutelle et de contrôle restent insuffisants. La formalisation de l’économie informelle – l’un des axes centraux du programme Wadagni – passe en grande partie par l’accès de ces acteurs au crédit formel, ce qui fait de la microfinance un levier économique autant qu’un dossier de supervision prudentielle.

Ce double portefeuille place Yénoussi dans une position inédite : il passe du rôle de collecteur de l’impôt à celui de garant de la crédibilité du système financier de proximité. La transition est considérable. La maîtrise du premier domaine est totale. La maîtrise du second reste à démontrer.

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