Mahouna Akplogan : le ministre qui veut mettre l’IA au service des Béninois

Mahouna Akplogan

Ministre de la Transformation digitale et de l'Innovation, en charge de la Stratégie nationale d'intelligence artificielle — Bénin — Gouvernement du Bénin

Acteurs / Personnalités Politiques
Métier ou Fonction :
Ministre de la Transformation digitale et de l'Innovation, en charge de la Stratégie nationale d'intelligence artificielle
Organisation :
Gouvernement du Bénin
Né(e) le :
27 mai 1982
Pays :
Bénin

Mahouna Akplogan : le ministre qui veut mettre l’IA au service des Béninois

Entrepreneur technologique et spécialiste de l'intelligence artificielle, Mahouna Akplogan prend le numérique et l'innovation.

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Mahouna Akplogan : le ministre qui veut mettre l’IA au service des Béninois
Mahouna Akplogan : le ministre qui veut mettre l’IA au service des Béninois
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Mahouna Akplogan, nouveau ministre de la Transformation digitale et de l’Innovation, incarne le pari de Romuald Wadagni sur l’intelligence artificielle comme levier de modernisation de l’État. Docteur en IA formé à Toulouse, entrepreneur passé par la santé numérique, la fintech et Sèmè City, il hérite d’un ministère créé de toutes pièces pour piloter la stratégie nationale d’IA et transformer les services publics béninois.

Mahouna Akplogan est nommé ministre de la Transformation digitale et de l’Innovation, en charge de la Stratégie nationale d’intelligence artificielle, le 24 mai 2026. Son arrivée au gouvernement consacre l’installation d’un portefeuille explicitement tourné vers l’IA, la compétitivité numérique et l’innovation publique.

Son parcours est celui d’un entrepreneur et spécialiste des technologies. Arrivé en France au début des années 2000 après un baccalauréat scientifique, il poursuit des études avancées jusqu’au doctorat en intelligence artificielle. Il développe ensuite des projets dans les services numériques, la donnée et l’innovation, dont Smart Layers et Extome sont régulièrement cités dans son itinéraire professionnel. Mahouna Akplogan est également associé à des réseaux de leadership et d’entrepreneuriat, notamment YALI et le Forum économique mondial, où son profil de jeune leader africain a été mis en avant. Au Bénin, il a été rapproché de l’Agence des systèmes d’information et du numérique sur des sujets d’innovation, de développement d’affaires et de valorisation des langues dans l’espace numérique.

Dans le gouvernement Wadagni, il devra transformer une ambition technologique en politiques publiques concrètes : services numériques fiables, cybersécurité, données publiques, IA utile aux administrations, soutien aux startups, formation des talents et souveraineté numérique. Son ministère sera jugé sur sa capacité à faire du numérique un outil quotidien d’efficacité administrative et de création de valeur.

Un enfant de Cotonou dans une famille de cheminot

Mahouna Akplogan est né au Bénin dans une famille modeste mais stable. Son père était haut cadre de la Société béninoise des chemins de fer, sa mère commerçante. Cette double origine – la rigueur de l’administration publique côté paternel, le sens du risque et de l’initiative côté maternel – traverse son parcours. Catholique pratiquant, il a sérieusement envisagé la prêtrise avant d’y renoncer. « Je n’ai pas eu la chance d’être appelé car Dieu avait un autre plan pour moi », dit-il en souriant dans un portrait publié par Le Tech Observateur. Il s’est ensuite tourné vers la mécanique aéronautique, avant que les mathématiques et l’informatique ne l’emportent définitivement.

Il obtient son baccalauréat scientifique au Bénin et quitte le pays pour la France en 2001.

À l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), il obtient en 2008 un diplôme d’ingénieur en informatique – formation d’excellence réputée pour son ancrage industriel et ses double-cursus avec les entreprises françaises. Il poursuit ensuite à l’Université Paul Sabatier de Toulouse III, où il soutient en 2013 un doctorat en intelligence artificielle portant sur l’optimisation combinatoire, les algorithmes et l’apprentissage automatique. Ces deux sous-champs sont au cœur des applications industrielles de l’IA : l’optimisation combinatoire résout des problèmes de logistique, de planification et d’allocation de ressources ; l’apprentissage automatique constitue le socle des systèmes de recommandation, de détection d’anomalies et de prédiction.

RocketReach précise qu’il figure comme chercheur en résidence dans les bases professionnelles au titre de ce doctorat soutenu entre 2008 et 2013 à Toulouse III.

Plusieurs années dans le privé français : banque, entreprises, hôpital

À l’issue de son doctorat, Akplogan passe plusieurs années dans le secteur privé en France. Il développe des solutions numériques de valorisation des données pour trois types de clients : les entreprises privées, le secteur bancaire et le milieu hospitalier. Cette diversité sectorielle lui donne une vision transversale des cas d’usage de l’IA avant que le secteur ne soit rendu grand public par le déploiement massif des grands modèles de langage.

En 2019, il cofonde iSHEERO, une association d’experts en science des données et en IA, avec laquelle il développe des projets de conseil et de formation en data science. En parallèle, il fonde Extome, une startup d’IA hospitalière conçue pour prédire les flux de patients dans les établissements de santé : le système prédit le nombre d’arrivées par pathologie et les besoins en lits d’hospitalisation, permettant aux équipes soignantes de dimensionner leurs effectifs en amont des pics d’activité. En 2022, Extome est identifiée dans le programme européen AI FOR HEALTH EUROPEAN MAPPING, cartographie des solutions d’IA en santé financée par la Commission européenne.

En 2024, il cofonde Finco Digital, une fintech dont le périmètre exact n’a pas été rendu public.

Le retour au Bénin par Sèmè City

En août 2024, Akplogan rejoint Sèmè City, le hub d’innovation et d’entrepreneuriat technologique créé par le gouvernement béninois en 2018 sur un campus de 10 hectares entre Cotonou et la frontière nigériane. Il y contribue au développement de l’écosystème numérique béninois, notamment dans les axes de formation et de développement de startups tech. Sèmè City, placé sous la tutelle d’Aurélie Adam Soulé Zoumarou jusqu’en mai 2026, est la structure qui a accueilli et formaté la génération montante de l’écosystème numérique béninois depuis 2019 – et c’est donc depuis ses locaux qu’Akplogan entre dans le radar du nouveau président.

Son profil à Sèmè City avait permis un premier ancrage concret dans l’administration béninoise. Il avait participé à la Semaine nationale du numérique comme intervenant-expert et contribué au projet « J’aime ma langue » – initiative de promotion des langues nationales béninoises dans les outils numériques – au sein de l’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique (ASIN).

L’une des réalisations les plus documentées d’Akplogan au Bénin est GPT.bj, décrit par Digital Business Africa comme « le premier chatbot gouvernemental béninois qui démocratise l’accès au droit en répondant aux citoyens sur les différents codes juridiques ». Ce système de traitement automatique du langage naturel permet à n’importe quel Béninois d’interroger en langage courant les textes de lois béninois et d’obtenir une réponse compréhensible – une application directe des techniques de retrieval augmented generation (RAG) qu’il maîtrise depuis ses travaux de thèse.

Cette réalisation n’est pas anodine dans le contexte de sa nomination : elle illustre exactement ce que Romuald Wadagni cherche dans ce portefeuille – un spécialiste capable de faire descendre l’IA de la recherche académique vers des services publics concrets, accessibles aux populations, dans un pays où la majeure partie de la population n’a pas accès aux juristes.

Un ministère créé de toutes pièces pour lui

Le ministère de la Transformation digitale et de l’Innovation, en charge de la stratégie nationale d’intelligence artificielle, est une création du gouvernement Wadagni : il n’existait pas sous cette forme sous l’ère Talon, où le numérique était absorbé dans le portefeuille d’Aurélie Adam Soulé Zoumarou. Akplogan a officiellement pris ses fonctions le 26 mai 2026, lors d’une cérémonie de passation de charges avec la ministre sortante.

Son périmètre couvre la transformation digitale des services de l’État, l’animation de l’écosystème des startups numériques, la coordination de la stratégie nationale d’IA et la supervision de l’ASIN. Il hérite des acquis du programme Smart Bénin – qui a positionné le Bénin dans le top 10 africain en matière d’efficacité gouvernementale numérique depuis 2023 – tout en portant une ambition supplémentaire : inscrire le Bénin sur la carte mondiale de l’IA, à un moment où les États africains commencent à peine à se doter de stratégies nationales en la matière.

À l’échelle du continent, la quasi-totalité des portefeuilles liés au numérique ou à l’IA est confiée à des profils issus des télécoms, de la banque centrale ou des grandes agences gouvernementales. Akplogan représente une rupture : entrepreneur, fondateur de startups, auteur d’un doctorat de recherche spécialisé, passé par l’industrie privée et les hubs d’innovation avant d’entrer en politique. Ce profil le rapproche du modèle des « minister-entrepreneurs » qu’on trouve davantage en Europe du Nord ou en Asie du Sud-Est que dans la sous-région ouest-africaine.

La difficulté symétrique est réelle. Il prend ce portefeuille sans expérience préalable de gestion d’une administration publique de grande taille, sans réseau dans les corps de l’État et sans expérience des arbitrages interministériels. Son atout majeur – la connaissance technique de l’IA – est aussi sa limite potentielle : gouverner un ministère n’est pas fondre un algorithme. La passation de charges avec Aurélie Adam Soulé Zoumarou, qui a géré ce périmètre pendant neuf ans, constitue le premier signal de la qualité de sa prise en main.

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