Djibril Mama Cissé Moussa, de préfet de terrain à Ministre de l’Intérieur
Administrateur civil et ancien préfet du Borgou, Djibril Mama Cissé Moussa prend l'Intérieur et la Sécurité publique.


Nommé ministre délégué chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Djibril Mama Cissé Moussa arrive au gouvernement après dix ans passés à la tête de la préfecture du Borgou. Administrateur civil et ancien secrétaire général de la mairie de Parakou, il hérite d’un portefeuille stratégique dans un contexte marqué par la menace terroriste au nord du Bénin, la criminalité transfrontalière et la nécessité de renforcer la coopération sécuritaire avec les pays voisins.
Djibril Mama Cissé Moussa est nommé, le 24 mai 2026, ministre délégué auprès du Président de la République, chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Sa nomination place un administrateur territorial au coeur d’un portefeuille sensible, directement rattaché à la présidence. Son parcours public est marqué par l’administration locale. Ancien secrétaire général de la mairie de Parakou, il a été nommé préfet du Borgou en juin 2021. Dans cette fonction, il a administré l’un des départements les plus importants du nord-est du Bénin, à la croisée des enjeux de gouvernance territoriale, de sécurité, de cohésion sociale et de présence de l’Etat.
La préfecture du Borgou a exposé Djibril Mama Cissé Moussa à des dossiers opérationnels : coordination des services déconcentrés, suivi des collectivités, gestion des risques, dialogue avec les élus locaux et prise en compte des préoccupations sécuritaires dans une zone proche de plusieurs corridors régionaux. Cette expérience territoriale explique son arrivée dans un ministère où la connaissance du terrain compte autant que l’autorité administrative.
Dans l’équipe Wadagni, il devra contribuer au pilotage de la sécurité intérieure, à la modernisation de l’administration territoriale et au maintien de l’ordre public, dans un contexte régional marqué par la pression sécuritaire au Sahel et par la nécessité de renforcer la confiance entre l’Etat, les communes et les populations.
Administrateur civil à Préfet du Borgou
Djibril Mama Cissé Moussa est administrateur civil de formation. Avant sa nomination comme préfet, il exerçait comme secrétaire général de la mairie de Parakou – troisième ville du Bénin, capitale économique du nord et chef-lieu du département du Borgou. Le poste de secrétaire général d’une grande mairie béninoise est une fonction d’interface entre les élus locaux et l’administration : il prépare les délibérations, coordonne les services municipaux, assure la continuité administrative. C’est une position qui forme à la gestion concrète des problèmes d’une ville, à la médiation entre des intérêts divergents et à la lecture des tensions sociales au ras du terrain.
Sa date de naissance et sa formation académique précise ne sont pas documentées dans les sources publiques disponibles.
Lors du conseil des ministres du 22 juin 2016, le président Patrice Talon nomme Djibril Mama Cissé Moussa préfet du département du Borgou – l’un des départements les plus vastes et les plus peuplés du Bénin, avec Parakou comme chef-lieu. Ce territoire de 25 856 kilomètres carrés concentre neuf communes, 1,7 million d’habitants selon le recensement de 2013, et une pluralité de groupes ethniques – Bariba, Peul Fulani, Yoruba-Nagot, Dendi. La préfecture du Borgou est historiquement l’une des plus exposées aux tensions sociales liées aux éleveurs nomades, au foncier agricole et, depuis 2022, aux incursions de groupes armés sahéliens.
Il est reconduit dans ce poste par le décret n°2021-284 du 2 juin 2021, lors de la recomposition de l’administration territoriale au début du second mandat de Talon. Il occupe la fonction jusqu’au 24 mai 2026 – soit dix ans consécutifs à la tête de la même préfecture, une longévité rare dans le corps préfectoral béninois.
La première réaction des habitants de Parakou à l’annonce de sa nomination au gouvernement, documentée par Le Parakois, a été enthousiaste. Sa nomination est décrite comme « largement saluée dans le nord du Bénin. »
Le Borgou, pire bilan national sur la violence contre les enfants
La lecture des données statistiques disponibles à son arrivée à la préfecture constitue l’élément déclencheur documenté de son engagement sur les droits de l’enfant. L’Enquête par grappes à indicateurs multiples (MISC) de 2014 révèle que le département du Borgou affiche un taux de mariage des enfants de 37,2 % – le pire bilan de tout le territoire béninois. En parallèle, les indicateurs de violence contre les enfants font du Borgou le département le plus préoccupant du pays sur ce volet.
« Nous sommes revenus dévastés et navrés lorsque nous avons appris que le département du Borgou avait le pire bilan en matière de violence contre les enfants. Nous avons ensuite examiné l’enquête en grappes à indicateurs multiples et la situation était très sombre pour le Borgou », déclare-t-il dans un entretien publié par l’UNICEF en 2020.
Face à ce constat, il place la défense des droits de l’enfant « au premier rang » des priorités de sa préfecture, dès son entrée en fonction. L’UNICEF devient son partenaire privilégié pour structurer une réponse.
L’action la plus documentée de son mandat préfectoral est l’organisation, le 6 juillet 2018, d’une réunion de tous les rois de l’aire culturelle Baatonu devant le palais impérial de Nikki, en présence de l’Empereur lui-même. Cette rencontre, conduite avec l’appui de l’UNICEF, aboutit à la signature d’une déclaration officielle par les 14 rois présents. Ils s’engagent collectivement à lutter contre le mariage des enfants et toutes les autres formes de violence contre les enfants dans leurs royaumes respectifs.
La photographie de la cérémonie – le préfet Djibril Mama Cissé et le représentant de l’UNICEF Bénin Dr Claude Kamenga devant le palais impérial de Nikki ce 6 juillet 2018 – est documentée par UNICEF Bénin sur Medium et sur le site officiel du fonds.
Cette initiative est remarquable à double titre. D’abord parce qu’elle mobilise les autorités traditionnelles – dont l’autorité morale sur les pratiques matrimoniales dans les villages est souvent plus réelle que celle de l’État – plutôt que de les contourner. Ensuite parce qu’elle s’appuie sur une légitimité culturelle profonde : les rois Baatonu sont les garants de la tradition dans une région où les normes coutumières règlent encore les unions.
L’architecture institutionnelle de protection
Son engagement ne se limite pas à des cérémonies symboliques. Il met en place dans le Borgou une architecture institutionnelle de protection de l’enfance coordonnée entre plusieurs niveaux :
Des comités communaux de protection de l’enfance, créés dans les neuf communes du département, chargés d’identifier, de signaler et de suivre les cas de violence. Des systèmes d’alerte communautaires pour remonter les signalements depuis les villages vers les services compétents. Un dialogue structuré entre les organismes de protection de l’enfance, les centres de promotion sociale, les imams, les chefs religieux et les élus locaux.
En 2017, il participe au lancement de la campagne nationale « Tolérance zéro » contre les violences et abus sexuels sur mineurs, en partenariat avec l’UNICEF et le gouvernement.
Les 11 juin et 29 octobre 2019, deux ateliers de mobilisation des leaders religieux, imams et élus locaux du Borgou sont organisés. En février 2020, une séance de mobilisation des imams, élus communaux et locaux est tenue contre le mariage et la mendicité des enfants. En août 2020, onze motos financées par l’UNICEF sont remises aux relais communautaires dans les communes de Sinendé, Parakou et Nikki pour soutenir les sensibilisations dans les villages.
Ces actions sont conduites dans un contexte de données qui restent préoccupantes : le MICS 2021-2022 indique que le Borgou affiche encore 33,2 % de filles mariées avant 18 ans, soit une amélioration mesurable par rapport aux 37,2 % de 2014 – résultat qui, dans ce type d’indicateur, représente un changement significatif en sept ans.
Le 24 mai 2026 : de la préfecture au gouvernement
Le lundi 18 mai 2026, six jours avant sa nomination au gouvernement, Djibril Mama Cissé organise à la préfecture de Parakou une cérémonie de récompense des performances de son cabinet et des chefs de service au titre de l’année écoulée. Documentée par Matin Libre, cette cérémonie illustre son style managérial jusqu’au dernier moment de son mandat préfectoral : promotion de l’excellence, de la discipline et du travail bien fait, remise de titres honorifiques, discours de reconnaissance envers les « piliers essentiels des performances enregistrées par la préfecture. »
Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni le nomme ministre délégué auprès du Président de la République, chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Il prend ses fonctions le 26 mai lors de la passation de charges avec son prédécesseur, l’ancien ministre de l’Intérieur Alassane Séidou, qui ne figure pas dans le nouveau gouvernement.
Le portefeuille de l’Intérieur comprend la supervision de la Police républicaine, la direction des collectivités locales, la gestion des affaires cultuelles et la coordination de la politique de sécurité publique sur l’ensemble du territoire national. Il succède à Séidou dans un contexte de triple pression : la menace terroriste dans le nord, la criminalité transfrontalière avec le Nigeria et la fermeture persistante de la frontière nigérienne.
À sa prise de fonctions, il annonce vouloir « renforcer la coopération sécuritaire avec les pays voisins », formulant ainsi d’emblée l’axe diplomatique de son mandat plutôt que l’axe sécuritaire stricto sensu.
Le profil de terrain comme atout
Le choix de Wadagni est lisible. Djibril Mama Cissé Moussa connaît le nord du Bénin mieux que quiconque dans l’administration centrale. Il a dirigé pendant dix ans le département qui concentre la plupart des enjeux sécuritaires du pays – frontière nigériane, communautés peules transfrontalières, zone d’influence des routes sahéliennes. Il connaît les chefs traditionnels, les imams, les maires et les acteurs communautaires d’une région où le dialogue préventif est la seule politique de sécurité qui fonctionne sur le long terme.
Son engagement documenté sur les droits de l’enfant – domaine de protection sociale qui peut sembler éloigné de la sécurité publique – dit quelque chose sur sa méthode : il part des données, identifie les acteurs clés, construit des engagements formels, met en place des mécanismes de suivi. Ce n’est pas la méthode d’un bureaucrate, c’est celle d’un négociateur institutionnel. Pour un ministère de l’Intérieur qui devra gérer à la fois la Police républicaine, les menaces sécuritaires et la diplomatie locale avec les communautés du nord, ce profil a de la valeur.
Photos de Djibril Mama Cissé Moussa
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