Clément Kouchadé, l’élu local propulsé à la tête du ministère du secondaire
Ancien maire de Pobè et acteur politique du Plateau, Clément Kouchadé prend le portefeuille de l'Enseignement secondaire.


Nommé ministre de l’Enseignement secondaire dans le premier gouvernement Wadagni, Clément Kouchadé arrive avec un profil d’élu local et de gestionnaire public, forgé à Pobè et à l’Office national du bois. Ancien cadre des FCBE devenu relais territorial de la mouvance présidentielle, il hérite d’un ministère stratégique à quelques semaines du baccalauréat 2026, avec pour défi de répondre aux tensions persistantes du secondaire béninois, notamment dans les zones rurales.
Clément Kouchadé est nommé ministre de l’Enseignement secondaire le 24 mai 2026. Originaire de la commune de Pobè, dans le département du Plateau, il arrive au gouvernement avec un profil fortement marqué par la gestion locale et l’engagement politique territorial. Connu également sous la forme Clément Couchadé dans certaines publications, il a exercé des responsabilités communales avant d’être porté à la tête de la mairie de Pobè en février 2026. Ce passage par la commune lui a donné une expérience concrète des besoins éducatifs de terrain : infrastructures scolaires, encadrement des élèves, dialogue avec les parents et relation avec les services déconcentrés.
Son parcours public comprend aussi une expérience dans l’administration parapublique, notamment à la direction générale de l’Office national du bois. Ancien cadre politique de la FCBE dans la 22e circonscription électorale, il s’est ensuite rapproché de la majorité présidentielle, suivant une trajectoire comparable à celle de plusieurs élus locaux repositionnés dans le paysage partisan après les réformes politiques de ces dernières années. Au ministère de l’Enseignement secondaire, Clément Kouchadé devra gérer un secteur massif, exposé aux questions d’orientation, de réussite aux examens, de discipline scolaire, de formation des enseignants et d’adaptation des curricula aux besoins de l’économie. Sa nomination traduit le choix d’un profil politique de terrain pour un ministère qui dépend fortement de l’exécution locale.
Un fils de Pobè
Adéyèmi Clément Kouchadé est natif de Pobè, chef-lieu de la commune du même nom dans le département du Plateau, à l’est du Bénin, à environ 90 kilomètres au nord-est de Cotonou, en zone frontalière avec le Nigeria. Le Plateau est un département à dominante rurale, peuplé en majorité du groupe Yoruba-Nagot, dont Pobè constitue l’un des centres économiques et culturels historiques. Ses marchés, notamment le grand marché de Pobè réputé jusqu’au-delà des frontières, en font un noeud commercial structurant de la zone frontalière.
Son prénom complet, Adéyèmi Clément, témoigne de cette double appartenance culturelle – le premier, Adéyèmi, est un prénom Yoruba signifiant « la couronne me convient », le second, Clément, reflète l’héritage catholique. Il est resté enraciné dans cette commune tout au long de sa trajectoire, siégeant d’abord comme conseiller communal, puis accédant à la mairie.
La trajectoire de Clément Kouchadé est celle d’un homme qui a construit sa crédibilité dans la gestion des établissements publics avant de s’imposer dans la vie politique locale. Sa porte d’entrée dans l’appareil d’État est l’Office national du bois du Bénin (ONAB) : nommé directeur général en septembre 2011 par le président Thomas Boni Yayi, il prend la tête d’un établissement public industriel et commercial chargé de la gestion du patrimoine forestier béninois, de la production de plants et du reboisement. Ce poste, qui requiert la maîtrise des logiques de gestion d’entreprise publique autant que la connaissance des enjeux environnementaux, le place dans le cercle des cadres technico-administratifs du régime Yayi.
Parallèlement à ses responsabilités à l’ONAB, il est coordonnateur de la 22e circonscription électorale des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), le parti de Yayi Boni, à Pobè. C’est en cette qualité qu’on le retrouve dans la presse de 2016, soutenant publiquement la candidature de Lionel Zinsou à la présidentielle : « Lionel Zinsou, c’est l’assurance de la poursuite des nombreuses actions de développement du Docteur Boni Yayi », déclare-t-il alors dans une réunion de mobilisation du Plateau relayée par La Nouvelle Tribune.
La traversée du désert et la rupture avec les FCBE
L’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016 referme les portes de l’administration centrale pour un cadre identifié comme Yayi. Kouchadé repart à la base. Il reste conseiller communal à Pobè, conserve un profil public dans la commune, et attend. La partition de l’opposition après le départ de Boni Yayi à la tête des FCBE provoque, à partir de 2020, une fragmentation du parti qui entraîne des défections en cascade.
Le 5 octobre 2021, Kouchadé adresse au secrétaire exécutif national Paul Hounkpè une lettre de démission officielle du parti FCBE. Le Matinal et Bénin Intelligent documentent à cette date sa sortie dans un contexte de saignée plus large. Il n’est pas seul : plusieurs coordinateurs de circonscriptions quittent le parti en même temps. Des sources indiquent qu’il aurait même envisagé avec Théophile Yarou, autre déçu des FCBE, la création d’un nouveau parti – projet qui n’aboutira pas. Son ralliement progressif à la mouvance présidentielle de Talon s’amorce dans ce contexte de repositionnement post-Yayi.
Le 18 février 2026, trois mois seulement avant sa nomination au gouvernement, Clément Adéyèmi Kouchadé est porté à la tête de la mairie de Pobè. La cérémonie de passation de charges est couverte par le site 24 heures au Bénin. Il prend ses fonctions avec l’énergie d’un homme qui s’est longtemps préparé à cette responsabilité locale : dès le 30 mars 2026, il reçoit à son cabinet plusieurs délégations d’entreprises et d’ONG – une délégation de OBA-ASHA Multiservices pour des partenariats économiques locaux, une autre de l’ONG ABEF pour des projets de cohésion sociale en amont et en aval des élections – marquant d’emblée son style : proximité, ouverture au privé, attention aux dynamiques territoriales.
Cette mairie aura duré moins de cent jours avant que Romuald Wadagni ne l’appelle le 24 mai 2026 pour prendre le ministère de l’Enseignement secondaire. Un destin accéléré qui n’est pas sans rappeler d’autres trajectoires dans l’histoire politique béninoise, où le gouvernement a parfois pioché dans les exécutifs locaux les profils qu’il cherchait.
Un profil politique forgé dans l’opposition, retourné vers la majorité
La trajectoire partisane de Kouchadé illustre parfaitement les recompositions politiques béninoises des dix dernières années. Homme de Yayi Boni pendant la décennie 2006-2016, coordinateur FCBE dans le Plateau, il opère après 2021 un glissement vers la mouvance présidentielle. Ce type de parcours – l’ancien opposant qui rallie la majorité après la fragmentation de son camp – est l’un des traits caractéristiques de la refondation du paysage partisan béninois sous Talon, qui a su capter une partie des élites politiques locales de l’ère Yayi.
Lors de la présidentielle d’avril 2026, il figure dans la coordination de soutien à Romuald Wadagni dans le département du Plateau, assurant la mobilisation dans sa base naturelle de Pobè et sa périphérie. C’est depuis cette position de relais territorial que Wadagni le repère et le choisit pour l’Enseignement secondaire.
Clément Kouchadé prend le ministère de l’Enseignement secondaire à un moment charnière. Son prédécesseur direct, Kouaro Yves Chabi, est décédé accidentellement le 20 février 2025 sur l’axe Cotonou-Parakou. Depuis lors, c’est Véronique Tognifodé qui assurait l’intérim, en plus de son propre portefeuille social. La continuité managérielle du ministère a donc été assurée par une intérimaire pendant plus d’un an.
Le secondaire béninois porte les tensions structurelles que Wadagni a nommées dans son discours d’investiture : la croissance macroéconomique doit se traduire en opportunités concrètes pour chaque jeune Béninois. Or l’Enseignement secondaire est précisément l’échelon où se jouent ces opportunités – ou leurs absences. Les établissements secondaires du département du Plateau, comme ceux de nombreuses zones rurales béninoises, souffrent d’un déficit d’enseignants qualifiés dans les matières scientifiques, d’infrastructures insuffisantes et d’un taux d’abandon scolaire élevé, notamment chez les filles.
La session normale du baccalauréat 2026, fixée du 15 au 18 juin par le calendrier interministériel, constitue son premier rendez-vous opérationnel. Plusieurs dizaines de milliers de candidats passeront cette épreuve moins d’un mois après sa nomination.
Le choix de Wadagni : un élu local sur un poste de service public de masse
En plaçant un maire fraîchement élu sur ce portefeuille plutôt qu’un technocrate de l’éducation nationale, Wadagni fait un pari lisible : Kouchadé connaît la réalité des territoires, il a géré une administration communale, il a la confiance des élus locaux du Plateau – l’une des zones où les inégalités éducatives sont les plus marquées. Ce profil de terrain peut être un atout pour construire des passerelles entre les communes, les directeurs d’établissements et le ministère central.
La faiblesse symétrique est réelle : Kouchadé n’a pas de culture spécifique du système éducatif national, ni des réformes pédagogiques en cours, ni des enjeux des concours d’enseignants, ni des relations avec les syndicats de l’éducation – acteurs incontournables d’un secteur qui peut bloquer une rentrée en quelques jours de grève. La prise en main sera décisive.
Photos de Clément Kouchadé
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