Bénin : Yvon Détchénou, l’avocat devenu gardien d’une justice en pleine réforme
Ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Bénin, Yvon Détchénou s’est imposé comme l’une des figures majeures du secteur judiciaire béninois. Reconduit Garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation, il porte depuis 2023 plusieurs chantiers liés à la modernisation des juridictions, à la digitalisation des services et à l’amélioration de l’accès à la justice.


Nommé Garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation en avril 2023, puis maintenu à ce poste dans le premier gouvernement du président Romuald Wadagni, Yvon Détchénou incarne un profil à la fois technique et institutionnel dans l’architecture gouvernementale béninoise. Avocat de formation, ancien bâtonnier et acteur reconnu du monde juridique sous-régional, il dirige un département stratégique engagé dans une série de réformes profondes.
Yvon Détchénou est issu d’une famille marquée par le service public et l’éducation. Il est le fils de feu Antoine Détchénou, ancien directeur du Collège d’enseignement général de Gbégamey à Cotonou et ancien directeur de l’Office du Baccalauréat. Cette filiation avec le monde de l’enseignement et de l’administration publique a accompagné son orientation vers le droit, puis vers les responsabilités institutionnelles.
Avant son entrée au gouvernement, Yvon Détchénou s’est construit une solide carrière au Barreau du Bénin. Il a notamment été élu bâtonnier de l’Ordre des avocats du Bénin pour la période 2017-2020. À ce titre, il a été l’un des principaux représentants de la profession d’avocat dans le pays. Son mandat a été marqué, entre autres, par des initiatives de coopération juridique, notamment le rapprochement entre le Barreau du Bénin et celui de Bordeaux, dans le cadre de la francophonie juridique.
Son parcours dépasse toutefois le cadre national. Yvon Détchénou a exercé des responsabilités au sein de la Conférence des barreaux de l’espace UEMOA, où il a occupé la fonction de vice-président. Il a également travaillé comme expert juriste auprès de la Commission de l’UEMOA, contribuant à des réflexions et travaux liés à l’harmonisation du droit communautaire. Avant sa nomination ministérielle, il siégeait aussi à l’Autorité de protection des données personnelles du Bénin, institution appelée à jouer un rôle croissant dans la régulation du numérique.
Le 23 novembre 2022, quelques mois avant son entrée au gouvernement, Yvon Détchénou a été fait chevalier de l’Ordre national du Mérite de France à Cotonou. Cette distinction a été présentée comme une reconnaissance de son engagement en faveur de la coopération juridique franco-béninoise et du rayonnement de la francophonie.
Son arrivée au ministère de la Justice intervient le 17 avril 2023, par décret du président Patrice Talon. Il succède alors à Sévérin Maxime Quenum, qui avait occupé ce portefeuille pendant près de cinq ans. La passation de charges a eu lieu le 18 avril 2023 à la Tour administrative de Cotonou. Depuis cette date, Yvon Détchénou s’inscrit dans la continuité des réformes judiciaires engagées depuis 2016, tout en imprimant sa propre méthode, davantage centrée sur la modernisation, la performance des services et l’accès des citoyens à la justice.
À sa prise de fonction, il avait fixé plusieurs priorités. Il s’agissait notamment de moderniser l’appareil judiciaire, d’améliorer son efficacité, de renforcer l’accessibilité du service public de la justice et de mieux protéger les droits des citoyens. Ces orientations se sont traduites par plusieurs chantiers, parmi lesquels l’élaboration d’un plan stratégique, la modernisation des services judiciaires et pénitentiaires, la construction de nouvelles juridictions et de nouveaux établissements pénitentiaires.
Sous son autorité, le ministère de la Justice a poursuivi l’extension du maillage judiciaire. Selon les données présentées dans le cadre de la reddition de comptes du Programme d’action du gouvernement, le Bénin est passé de 17 à 24 juridictions depuis 2016. Treize bureaux d’orientation des usagers ont également été mis en place sur le territoire national. Cette évolution vise à rapprocher davantage la justice des citoyens et à réduire les obstacles liés à la distance ou à la complexité des procédures.
La spécialisation de certaines juridictions constitue un autre axe majeur. Le paysage judiciaire béninois compte désormais plusieurs juridictions spécialisées, dont le Tribunal de commerce de Cotonou, la Cour d’appel de commerce, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme et la Cour spéciale des affaires foncières. Cette dernière, formellement instituée en 2024, répond à l’importance des litiges fonciers dans le pays et à la nécessité d’un traitement plus adapté de ce contentieux sensible.
Le ministère a également engagé un effort de renforcement des ressources humaines. Les effectifs de magistrats et de greffiers ont progressé ces dernières années. D’après les chiffres attribués au ministère, le nombre de magistrats est passé de 212 avant 2016 à 336 au début de l’année 2025, tandis que celui des greffiers est passé de 174 à 220. Cette montée en puissance reste essentielle pour réduire les délais de traitement des dossiers et améliorer la qualité du service rendu aux justiciables.
La digitalisation occupe une place centrale dans la feuille de route portée par Yvon Détchénou. Le ministère met en avant la connexion de 23 juridictions sur 24 à la fibre optique, l’accès généralisé à internet dans les juridictions et la dématérialisation du casier judiciaire, qui a permis la délivrance de centaines de milliers de casiers en ligne. La gestion électronique du courrier administratif a également été déployée au sein des services centraux du ministère.
Sur le plan législatif, la réforme du Code de procédure pénale adoptée en mars 2025 figure parmi les évolutions importantes. Elle vise notamment à accélérer le traitement des infractions flagrantes et à organiser une permanence dans le jugement des crimes. Deux autres textes adoptés dans le même contexte portent sur le statut des magistrats de la Cour suprême et de la Cour des comptes, avec pour objectif de clarifier leurs conditions d’exercice et de renforcer leur indépendance institutionnelle.
Le ministère de la Justice a aussi engagé des actions dans le domaine pénitentiaire. La construction de la prison civile de Ouèdo, dans la commune d’Abomey-Calavi, est présentée comme une réponse structurelle à la surpopulation carcérale. Le département travaille également sur le travail d’intérêt général et le travail pénitentiaire, dans une logique de réinsertion et de meilleure exécution des peines.
Pour l’année 2026, Yvon Détchénou a défendu devant le Parlement un budget de 37,6 milliards de francs CFA, structuré autour de cinq programmes métiers. Les priorités annoncées concernent la transformation digitale complète du service judiciaire, le développement de plateformes numériques et d’applications mobiles, la poursuite des infrastructures pénitentiaires, la spécialisation des magistrats et le recrutement de nouveaux personnels.
À la tête du ministère de la Justice, Yvon Détchénou apparaît ainsi comme un ministre de continuité et de consolidation. Son parcours d’avocat, son expérience ordinale et son ouverture aux enjeux sous-régionaux lui donnent un profil particulier dans un secteur où les attentes restent fortes. Entre modernisation des procédures, réduction des délais, amélioration de l’accès à la justice et gestion des défis pénitentiaires, son action s’inscrit dans un chantier institutionnel de long terme.
Photos de Yvon Détchénou
1 photo




