Ouganda, le retard du pétrole repousse recettes et croissance attendues

La production commerciale de pétrole n’est plus attendue avant la fin de l’exercice 2026-2027. Ce nouveau décalage reporte les recettes espérées alors que l’oléoduc EACOP est achevé à 92,7 % et que le service de la dette pèse déjà sur les finances publiques.
L’Ouganda ne prévoit plus son premier pétrole avant la fin de l’exercice 2026-2027, après avoir visé juillet 2026. Ce nouveau décalage repousse les recettes d’exportation et les revenus budgétaires attendus au moment où le service de la dette pèse déjà fortement sur les finances publiques.
Le retard intervient alors que les infrastructures approchent de leur phase finale. EACOP annonçait début septembre un avancement global de 92,7 % pour l’oléoduc de 1 443 kilomètres entre Hoima et le port tanzanien de Tanga. TotalEnergies indiquait fin juillet avoir foré 236 puits sur Tilenga, tandis que Kingfisher et les installations de transport entraient progressivement en mise en service.
Le Fonds monétaire international classe de nouveaux retards pétroliers parmi les principaux risques pour l’économie ougandaise. L’institution souligne une position budgétaire affaiblie, un service de la dette élevé et le risque que les besoins de financement de l’État réduisent le crédit disponible pour le secteur privé.
Le budget 2026-2027 avait pourtant intégré une forte accélération de la croissance avec le début de la production commerciale. Plus le démarrage recule, plus l’État doit financer ses dépenses sans les recettes pétrolières sur lesquelles reposait une partie de cette trajectoire.
EACOP approche de l’achèvement, les besoins financiers restent élevés
D’une capacité prévue de 246 000 barils par jour, EACOP doit transporter le brut de l’ouest de l’Ouganda jusqu’à Tanga. Son actionnariat réunit TotalEnergies, l’Uganda National Oil Company, la Tanzania Petroleum Development Corporation et CNOOC. Une première tranche de financement externe avait été bouclée en 2025 avec plusieurs banques africaines et institutions financières régionales.
La proximité de l’achèvement ne met pas fin aux besoins de trésorerie. En août, le ministère ougandais des Finances a demandé à l’UNOC de diversifier ses sources de financement. L’entreprise publique doit continuer à financer sa participation aux projets pétroliers tout en maintenant ses activités sur le marché national des carburants.
Cette situation place l’État dans une position délicate. Il est à la fois régulateur, investisseur à travers l’UNOC et futur bénéficiaire des recettes pétrolières. Tant que les exportations n’ont pas commencé, les appels de fonds peuvent donc peser sur les finances publiques au lieu de les soulager.
Les derniers mois de chantier restent aussi les plus sensibles techniquement. Ils concentrent raccordements, systèmes électriques, télécommunications, métrologie, essais sous pression et synchronisation des champs avec le pipeline. Un projet achevé à plus de 90 % peut encore accumuler des retards avant de produire son premier baril.
Les recettes ne régleront pas immédiatement la contrainte budgétaire
Le démarrage de la production ne supprimera pas d’un coup les tensions sur les finances publiques. Les premières années seront aussi celles du remboursement des investissements, des coûts d’exploitation et de la montée progressive des volumes. Les recettes de l’État dépendront du niveau de production, du prix international du brut et des règles de récupération des coûts prévues avec les opérateurs.
Le projet reste par ailleurs exposé à des risques juridiques et politiques. En juillet 2026, des agriculteurs ougandais ont saisi la Haute Cour britannique contre EACOP Ltd sur des questions foncières et environnementales. TotalEnergies affirme appliquer les standards de performance environnementale et sociale de la Société financière internationale et met en avant plus de 34 000 emplois directs créés pendant la construction ainsi qu’environ 2 milliards de dollars de dépenses locales à fin juillet.
Le FMI demande au gouvernement de ne pas traiter les revenus pétroliers futurs comme une garantie permettant d’augmenter dès aujourd’hui les dépenses ou l’endettement. Il recommande aussi un cadre transparent pour leur utilisation et la préservation d’une partie de cette richesse pour les générations futures.
EACOP est attendu prêt à recevoir le brut à la mi-décembre 2026. Kingfisher et Tilenga doivent encore achever leur mise en service, tandis que le gouvernement situe la production commerciale avant le 30 juin 2027.


