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L’Afrique, la dette chinoise et le spectre de l’insolvabilité

Éric Topona
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Cotonou, la Capitale du Bénin
Cotonou, la Capitale du Bénin Photo: Présidence du Bénin
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C’était à la fin des années 80, la quasi-totalité des économies des États africains ployaient alors sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale, leurs créanciers  publics et privés, le club de Paris et le club de Rome. Éric Topona.

C’était aussi l’ère de gloire du Consensus de Washington, de la fameuse école de Chicago et leurs injonctions à libéraliser les économies à tout crin. Toutes les économies des anciens pays communistes en faillite étaient invitées à se convertir à l’idéologie néolibérale désormais triomphante. Les pays africains qui traversaient alors une crise économique profonde n’eurent guère le choix comme les anciens disciples de Marx et de Lénine, s’ils voulaient voir s’ouvrir en leur faveur le robinet de la dette. À quel prix ? 

Ils furent dans l’obligation d s’y soumettre et pour la survie de nombreux régimes en place, à des conditions qui jusqu’à présent auront compromis gravement leur souveraineté politique et économique, mais sans toutefois résoudre en interne la grave crise du pouvoir d’achat et leur déficit criard en infrastructures, dans un contexte social où la démographie connaissait une croissance fulgurante.

C’est donc dans ce climat de fortes tensions internes et de pénuries en tous genres que le « salut » leur vint de Pékin. Forte d’une économie florissante, d’une disponibilité en devises comme aucune autre économie de la planète, mais aussi d’un besoin en matières premières en progression exponentielle, l’Afrique apparut pour le pays de Xi Jinping comme la Terre promise pour maintenir sa course à l’hégémonie économique planétaire, notamment face aux États-Unis et à l’Europe. Elle apparut pour les économies africaines comme le partenaire économique idéal. Non seulement pour son apport massif en devises sous forme de prêts, mais aussi pour son savoir-faire dans la construction des infrastructures jugées moins coûteuses que celles des partenaires historiques d’Occident, ou encore son apport en produits de consommation de première nécessité sortis de « l’usine du monde » et qui inondent actuellement les marchés africains.

Rapprochement du spectre d’insolvabilité

Mais depuis près d’une décennie, à la faveur de retournements de conjoncture, le spectre d’une dramatique insolvabilité de nombreux pays africains ne cesse de se rapprocher au point où, pour quelques-uns, la côte d’alerte semble atteinte.

Dans une note d’analyse d’octobre intitulée L’Afrique subsaharienne et la Chine : des relations économiques à la croisée des chemins, le  Fonds monétaire international (FMI) tire sur la sonnette d’alarme : « Après des années d’expansion, l’Afrique subsaharienne assiste à un repli des investissements et des crédits chinois depuis 2017. Lors du Forum sur la coopération sino-africaine de 2021, la Chine a annoncé la première réduction de son appui financier à l’Afrique, de 60 à 40 milliards de dollars sur une période de trois ans (…) Le montant des décaissements de prêts publics chinois à l’Afrique subsaharienne a brutalement chuté et représente désormais environ un huitième de ce qu’il était en 2016, lorsqu’il a atteint son plus haut niveau à 1,2 % du PIB de la région. De même, le total des engagements de crédits (promesses d’accords de prêts), qui était passé de 0,2 % du PIB de la région en 2005 à un pic de 1,7 % en 2016, a aussi considérablement diminué et ne représente plus qu’environ 4 % de sa valeur maximale ».

Victime du ralentissement de la croissance chinoise

L’Afrique subit de manière mécanique les conséquences du ralentissement de la croissance chinoise qui se traduit par une raréfaction des prêts. Cette baisse de régime de l’économie chinoise est constatable par l’arrêt de certains chantiers d’infrastructures dans de nombreux pays africains dépendants des financements chinois.

Mais en plus de la raréfaction des liquidités chinoises, c’est la question des difficultés que certains pays éprouvent à rembourser les prêts antérieurs qui est désormais posée.

Sur cet aspect crucial de la dette des États africains envers la Chine, le FMI ne manquent pas d’exprimer son inquiétude tant pour les conditionnalités de remboursement que pour l’épée de Damoclès à présent suspendue sur la souveraineté de certains États : « Les prêts accordés par la Chine à l’Afrique subsaharienne ont suscité une attention et des critiques considérables en raison de l’imposition de modalités relativement strictes aux pays débiteurs et de l’utilisation de ressources naturelles en garantie. Ils soulèvent également d’autres craintes, notamment l’absence de normalisation et de transparence de la dette publique, car les bailleurs de fonds chinois ne documentent pas systématiquement les prêts accordés à chaque emprunteur étranger, donnant lieu à des lacunes considérables dans les données ».

Or, pour l’économie chinoise, la nouvelle donne géopolitique à l’échelle internationale, dominée par une guerre commerciale sans merci des États-Unis de Donald Trump à l’endroit de la Chine, ou la volonté non dissimulée de la diplomatie américaine de couper l’Empire du Milieu  de ses bases d’approvisionnement en ressources naturelles stratégiques, pourrait probablement conduire Pékin à renforcer son emprise sur les économies africaines les plus endettées à son endroit, au point de les déposséder à court terme de quelques-unes de leurs infrastructures de souveraineté.

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