Kenya : le brut du Turkana ne couvrirait que 7 % de la raffinerie Dangote

South Lokichar doit culminer à 50 000 barils par jour, contre 700 000 prévus pour la future raffinerie de Lamu. Même à pleine production, le pétrole kényan ne fournirait qu’une fraction du brut nécessaire.
À son palier prévu de 50 000 barils par jour, le pétrole kényan de South Lokichar ne couvrirait qu’environ 7 % des 700 000 barils prévus pour la future raffinerie Dangote de Lamu. Au démarrage des champs, autour de 20 000 barils quotidiens, cette part tomberait sous 3 %.
Le projet de Turkana vise un premier pétrole commercial en décembre 2026, puis une montée progressive à 50 000 barils par jour à partir de 2032. À Lamu, Dangote prévoit de lancer les travaux le 30 septembre 2026 pour une mise en service autour de 2030.
Même lorsque South Lokichar aura atteint sa capacité annoncée, la raffinerie devra donc trouver jusqu’à 650 000 barils par jour ailleurs si elle fonctionne à plein régime.
Le marché kényan ne suffirait pas non plus à absorber seul une telle capacité. L’EPRA projette une demande nationale de produits pétroliers d’environ 6,63 milliards de litres en 2029, tandis qu’une raffinerie de 700 000 barils par jour traiterait un volume de brut plusieurs fois supérieur.
Le coût du projet est estimé entre 15 et 16 milliards de dollars. Dangote Industries a évoqué un financement combinant trésorerie interne, obligations et recettes issues d’opérations boursières, sans détailler encore un paquet final.
Le vrai verrou est l’approvisionnement en brut
L’oléoduc évoqué entre Turkana et Lamu améliorerait le transport du pétrole kényan, mais il ne créerait aucun volume supplémentaire. La contrainte principale reste donc la taille du gisement disponible face à une raffinerie conçue à une échelle régionale.
Des approvisionnements venus d’Ouganda, du Soudan du Sud ou du marché maritime sont évoqués, mais aucun dispositif régional ne garantit aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de barils quotidiens vers Lamu. Le port en eau profonde et les infrastructures de stockage du corridor LAPSSET deviennent donc aussi importants que le champ de Turkana.
Le modèle économique suppose des débouchés au-delà du Kenya
La future raffinerie est dimensionnée pour un marché régional. Dangote a proposé aux pays voisins une participation combinée de 30 %, tandis que le Kenya se serait vu offrir 10 % du capital, évalués à environ 500 millions de dollars.
Le projet peut réduire une partie des 511,5 milliards de shillings d’importations de produits pétroliers enregistrées par le Kenya en 2025, mais sa rentabilité dépendra aussi des exportations vers les pays voisins. Le lancement du chantier reste annoncé pour le 30 septembre 2026.


