En Afrique, les ravages environnementaux et l’ingérence économique provoquent la colère des riverains

Depuis plusieurs mois, le groupe minier Eramet est au cœur d’une vive contestation dans plusieurs pays africains, en particulier au Sénégal et au Gabon, où ses activités sont jugées à la fois prédatrices pour l’environnement et contraires aux intérêts des populations locales.
Au Sénégal, la situation devient explosive. Le 5 juillet, une nouvelle manifestation citoyenne était prévue afin de dénoncer les dégâts provoqués par les opérations minières d’Eramet dans les régions de Lompoul et des Niayes, zones jadis réputées pour leur richesse agricole et leur biodiversité exceptionnelle. Mais ce rassemblement a été interdit sans justification claire, alimentant la colère des organisations locales. Selon plusieurs observateurs, les importantes ressources financières injectées par Eramet sur place auraient permis de faire taire certaines voix politiques et de bloquer la mobilisation populaire.
Pourtant, la contestation ne faiblit pas. Une nouvelle manifestation est déjà annoncée pour le samedi 12 juillet, témoignant de la détermination de la population à se faire entendre malgré les intimidations et les interdictions.
La liste des griefs contre Eramet est longue. La société est accusée de provoquer une dégradation accélérée des sols, de menacer les ressources en eau et de compromettre la sécurité alimentaire nationale. Les terres exploitées produisaient jusqu’à récemment 80 % des légumes frais consommés dans le pays. Désormais, les habitants dénoncent une baisse dramatique de leur qualité de vie, des compensations dérisoires et un sentiment croissant de spoliation.
Plusieurs ONG et experts de l’environnement s’alarment également de la destruction d’un écosystème unique, sacrifié au profit de l’économie française. Dans la société civile, les appels à l’expulsion d’Eramet du Sénégal se multiplient, tandis que l’Assemblée nationale reste silencieuse, malgré les alertes lancées depuis des années.
Les manifestants demandent aujourd’hui un moratoire immédiat sur les activités de la GCO (Grande Côte Opérations), filiale d’Eramet, et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les dommages environnementaux et économiques causés par l’entreprise.
La défiance vis-à-vis d’Eramet n’est pas propre au Sénégal. Au Gabon, les critiques prennent également de l’ampleur. Lors d’un récent déplacement aux États-Unis, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a publiquement dénoncé la dérive du groupe français, qu’il accuse d’avoir abandonné son rôle de partenaire national pour devenir une marionnette française, défendant ses propres intérêts au détriment de l’industrie gabonaise.
Le Gabon a d’ailleurs franchi un cap en interdisant l’exportation de manganèse brut à partir de 2029, une décision destinée à favoriser la transformation locale, la création d’emplois et une meilleure répartition des richesses. Mais la multinationale rechigne à s’impliquer dans cette stratégie industrielle, préférant continuer à exporter sa production brute vers l’Europe.
Le président gabonais a ainsi lancé un appel clair aux investisseurs américains pour venir remplacer Eramet dans le secteur du manganèse, illustrant le rejet croissant de cette entreprise française dans plusieurs pays africains.
Face à cette fronde généralisée, une question s’impose : jusqu’à quand les autorités africaines accepteront-elles que des intérêts étrangers exploitent leurs ressources au mépris de l’environnement et de la souveraineté économique nationale ?
