Burundi : À Busuma, des réfugiés congolais retenus aspirent au retour
En décembre dernier, l’offensive lancée par l’AFC/M23 — un mouvement politico-militaire bénéficiant du soutien rwandais — a contraint des dizaines de milliers de Congolais à franchir la frontière et à trouver refuge au Burundi. Une grande partie des personnes évacuées depuis Uvira a été installée à l’est du pays, sur le site de Busuma, où les autorités restreignent strictement les déplacements au nom de la « sécurité ». Face à des conditions de vie dégradées, certains réfugiés tentent néanmoins de s’enfuir.

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Parmi eux, Alice Zainabou, 28 ans, s’efforce de gagner sa vie en vendant des pommes de terre sur le marché du camp. Chaque matin, elle se rend au bord de l’aire d’accueil pour acheter des produits apportés par des cultivateurs locaux. Une corde marque la limite entre le camp et la zone extérieure : les commerçants burundais déposent leurs marchandises jusqu’à cette barrière, et les réfugiés peuvent y accéder mais ne sont pas autorisés à la franchir.
La surveillance est assurée par des forces de l’ordre. Pour Kititwa Muzingwa, ancien directeur de radio aujourd’hui réfugié, cette mise en confinement pèse lourdement. Il décrit le sentiment d’enfermement alors qu’il observe ses six enfants jouer devant leur tente improvisée : privé de ressources régulières, il dépend d’une assistance qui, selon lui, reste insuffisante.
Du côté des autorités locales, la décision de limiter les sorties se veut protectrice. À Ruyigi, l’administratrice Diane Niyibitanga explique que l’encadrement des mouvements vise à éviter des incidents imprévus et à préserver la responsabilité de l’État burundais en cas de problème si des personnes quittaient le site sans contrôle.
Vivre à Busuma, une épreuve quotidienne
Pour certains réfugiés, toutefois, l’idée de revenir en République démocratique du Congo n’est pas envisageable : les combats persistent dans les massifs d’où ils proviennent. D’autres, qui habitaient Uvira, estiment qu’après le retrait de l’AFC/M23 il n’y a plus de logique à rester dans des conditions précaires à Busuma. Linda, une résidente du camp, confie qu’elle préfère prendre le risque d’un retour au pays plutôt que de continuer à survivre sans nourriture ni abri convenable ; elle a déjà tenté une fuite matinale à pied, mais a été rattrapée et ramenée au site.
Un rapatriement organisé ne peut intervenir que si le Burundi et la RDC parviennent à un accord formel. Depuis la réouverture de la frontière entre les deux pays, le Haut-Commissariat aux réfugiés demande un assouplissement des règles de circulation. Simplice Kpandji, responsable local du HCR, rappelle que les personnes qui souhaitent rentrer chez elles doivent en avoir la possibilité et que des négociations sont en cours pour permettre aux réfugiés qui se sentent prêts — et qui n’ont pas besoin d’une aide logistique du HCR — de regagner leur domicile.
En attendant une solution durable, le camp demeure un lieu de tension : l’aide humanitaire ne suffit pas à combler les besoins, les restrictions limitent les opportunités économiques, et des tentatives d’évasion se multiplient parmi ceux qui estiment ne plus pouvoir tenir dans cet état d’incertitude. Les familles continuent de chercher des moyens de subsister pendant que les discussions diplomatiques se poursuivent.

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