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Bénin : la coopération sécuritaire avec la France face à l’épreuve de la menace djihadiste

Wilfried Idrissou
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Remise de véhicules avant blindés remis aux FAB dans le cadre de la Coopération militaire entre la France et le Bénin. Vendredi 20 Janvier 2023. © Ministère de la Défense Nationale du Bénin.
Remise de véhicules avant blindés remis aux FAB dans le cadre de la Coopération militaire entre la France et le Bénin. Vendredi 20 Janvier 2023. © Ministère de la Défense Nationale du Bénin.
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SOMMAIRE

Depuis plusieurs années, la situation sécuritaire dans le nord du Bénin connaît une dégradation progressive sous l’effet de l’expansion des groupes armés actifs au Sahel. Longtemps considéré comme relativement épargné par les violences djihadistes, le pays fait désormais face à des incursions répétées dans ses régions frontalières avec le Burkina Faso et le Niger, notamment dans les zones proches du parc de la Pendjari et du parc W.

Selon plusieurs rapports du Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) et de l’Institute for Security Studies (ISS), les attaques attribuées à des groupes djihadistes dans le nord du Bénin ont augmenté depuis 2021. Entre 2022 et 2025, plusieurs dizaines d’incidents sécuritaires ont été recensés dans les départements de l’Atacora et de l’Alibori, avec des attaques visant principalement les positions militaires et les patrouilles des forces de défense béninoises.

Certaines de ces attaques ont été particulièrement meurtrières. En janvier 2022, une embuscade contre une patrouille dans la zone du parc W avait fait plusieurs victimes parmi les forces de sécurité. D’autres attaques ont suivi dans les années suivantes, illustrant la pression croissante exercée par les groupes armés opérant dans le sud du Sahel.

Une coopération militaire ancienne avec la France

Dans ce contexte, le Bénin bénéficie d’une coopération militaire avec la France, qui s’inscrit dans le cadre d’accords bilatéraux de défense et de programmes de formation. Des instructeurs militaires français participent régulièrement à la formation des forces béninoises, tandis qu’un appui logistique et technique est également fourni.

Cette coopération s’est intensifiée après la réorganisation du dispositif militaire français au Sahel à la suite de la fin de l’**Opération Barkhane en 2022. Dans ce cadre, la France a redéployé une partie de ses moyens vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, considérés comme les nouveaux fronts potentiels de l’expansion djihadiste.

Les autorités béninoises ont par ailleurs lancé leur propre initiative sécuritaire, l’Opération Mirador, destinée à renforcer la présence militaire dans le nord du pays. Cette opération mobilise plusieurs milliers de soldats et vise à sécuriser les zones frontalières ainsi que les parcs naturels souvent utilisés comme zones de repli par les groupes armés.

Malgré ces efforts, les attaques continuent d’être signalées dans certaines zones rurales, ce qui alimente les interrogations sur l’efficacité globale des stratégies mises en place. Pour certains observateurs, les résultats de la coopération sécuritaire avec Paris apparaissent encore limités face à la complexité de la menace.

L’extension de la menace du Sahel vers le golfe de Guinée

Pour de nombreux analystes, la situation au Bénin s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Depuis plusieurs années, les groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ou au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) cherchent à étendre leurs zones d’influence vers les pays du golfe de Guinée.

Selon **Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur spécialiste des conflits en Afrique, cette stratégie répond à plusieurs objectifs. « Les groupes djihadistes cherchent à profiter des zones frontalières faiblement contrôlées pour créer de nouvelles bases logistiques et étendre progressivement leurs réseaux », explique-t-il dans plusieurs analyses consacrées à la région.

Les zones protégées, notamment les parcs nationaux situés à cheval entre plusieurs États, constituent des espaces particulièrement vulnérables. Ces territoires difficiles d’accès permettent aux groupes armés de circuler entre le Burkina Faso, le Niger et les pays côtiers.

Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que la coopération directe entre les États frontaliers devient un facteur déterminant. Les dynamiques sécuritaires du nord du Bénin sont en effet étroitement liées à celles du Burkina Faso et du Niger, aujourd’hui membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une coordination plus étroite avec ces voisins apparaît pour certains spécialistes comme un levier essentiel pour mieux contrôler les zones transfrontalières et limiter les mouvements des groupes armés.

Un débat croissant sur l’efficacité des partenariats sécuritaires

La situation alimente également un débat plus large sur l’efficacité des partenariats internationaux dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest. Après près d’une décennie d’engagement militaire français au Sahel, les résultats restent contestés.

L’opération Barkhane, lancée en 2014, mobilisait jusqu’à 5 000 soldats français déployés principalement au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Malgré certaines victoires tactiques contre les groupes armés, les violences se sont progressivement étendues dans plusieurs zones de la région.

Pour certains observateurs, cette évolution souligne les limites d’une approche essentiellement militaire. « La lutte contre les groupes djihadistes ne peut pas reposer uniquement sur la dimension sécuritaire », rappelle Jean-Hervé Jézéquel, directeur du programme Afrique de l’Ouest à l’International Crisis Group. Selon lui, les réponses doivent également intégrer les questions de gouvernance, de développement local et de gestion des tensions communautaires.

Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment également que les États côtiers ont intérêt à diversifier leurs partenariats sécuritaires, tant au niveau régional qu’international, afin d’éviter une dépendance excessive vis-à-vis d’un seul partenaire et d’adapter leurs réponses à l’évolution rapide de la menace.

Vers un renforcement des réponses régionales

Face à la progression de la menace, plusieurs pays du golfe de Guinée, dont le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire, ont entrepris de renforcer leur coopération sécuritaire et leurs dispositifs militaires dans les zones frontalières.

Pour de nombreux analystes, l’avenir de la lutte contre l’expansion djihadiste dans la région dépendra en grande partie de la capacité des États concernés à coordonner leurs actions et à développer des stratégies adaptées aux réalités locales.

Dans ce contexte, certains experts soulignent l’importance d’un dialogue sécuritaire plus étroit entre le Bénin et ses voisins sahéliens, notamment ceux réunis au sein de l’**Alliance des États du Sahel. La nature transfrontalière de la menace rend en effet indispensable une coopération opérationnelle plus large, incluant le partage de renseignements, la coordination des opérations et le contrôle conjoint de certaines zones sensibles.

Parallèlement, la diversification des partenariats sécuritaires apparaît de plus en plus comme un enjeu stratégique pour les États de la région. Pour le Bénin, l’objectif reste de renforcer ses capacités nationales tout en s’appuyant sur un réseau de coopérations multiples afin de mieux faire face à un phénomène devenu profondément régional.

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