Au Bénin, la guerre des « illimités* » fait rage entre réseaux GSM
Au Bénin, la bataille ne se joue plus seulement sur la couverture réseau ou la notoriété de marque. Elle se joue désormais sur un mot devenu central dans les campagnes publicitaires : « illimité ». Derrière les visuels colorés, les slogans accrocheurs et les publications massivement relayées sur Facebook, les trois opérateurs du pays — MTN, Moov Africa et Celtiis — se livrent une guerre commerciale intense qui transforme en profondeur le marché des télécommunications.

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Avec plus de cartes SIM actives que d’habitants, le secteur des télécomunications mobile au Bénin est arrivé à maturité. La croissance ne peut plus reposer uniquement sur le recrutement de nouveaux abonnés. Elle dépend désormais de la consommation de données mobiles, devenue le cœur du modèle économique. Dans ce contexte, la stratégie est de proposer plus de gigaoctets à des prix toujours plus accessibles afin de capter et fidéliser des utilisateurs de plus en plus exigeants.
Et c’est MTN qui va ourvir les hostilités avec une refonte spectaculaire de sa grille tarifaire. L’opérateur historique a abaissé le seuil d’entrée de ses forfaits data, rendant l’accès à Internet plus abordable que jamais. Quelques centaines de francs CFA suffisent désormais pour bénéficier d’un gigaoctet valable 24 heures. Les offres mensuelles, elles aussi, affichent des volumes en forte hausse pour des tarifs compétitifs. La communication est offensive, directe, omniprésente sur les réseaux sociaux. Facebook est devenu un véritable champ de bataille numérique où chaque publication génère des milliers de réactions et de commentaires.
Moov Africa a choisi une approche plus structurée. Sans entrer dans une surenchère permanente des petits forfaits journaliers, l’opérateur met en avant des packs combinant volume conséquent de données et appels illimités vers les réseaux nationaux. La stratégie vise à consolider la fidélité des abonnés et à valoriser l’équilibre entre prix et qualité de service. Moov insiste également sur la stabilité de son réseau, un argument crucial dans un contexte où l’expérience utilisateur devient déterminante.
De son côté, Celtiis poursuit son positionnement disruptif. Arrivé plus récemment sur le marché, l’opérateur national a rapidement conquis une part significative des abonnés grâce à une politique tarifaire agressive et à une montée en puissance de son réseau 4G. Certaines mesures indépendantes ont même placé Celtiis en tête sur des indicateurs de débit moyen, renforçant son image de challenger performant.
Mais au cœur de cette guerre commerciale se cache une réalité technique souvent mal comprise qui est que l’« illimité » n’est pas absolu. Les offres reposent sur un volume principal garanti, parfois très généreux, au-delà duquel le débit est réduit. La connexion reste active, mais l’expérience change sensiblement. Le streaming haute définition devient difficile, les téléchargements ralentissent. Cette pratique, courante dans l’industrie, permet aux opérateurs de maîtriser la congestion du réseau tout en affichant une promesse marketing forte.
Bien plus que 1 giga Favi
Quelques mois en arrière, une initiative citoyenne avait marqué le débat public au Bénin. Née d’une frustration largement partagée sur le coût de l’accès internet, la campagne intitulée « 1 Giga Favi, Ça Doit Changer » avait pris vie sur Facebook et d’autres plateformes. Dans l’argot local, « favi » signifie 500 francs CFA, et le mot d’ordre était d’obtenir un forfait Internet de 1 Go à ce tarif, un prix jugé plus accessible pour une majorité de jeunes, d’artistes et de travailleurs du numérique dont l’activité dépend de l’internet mobile. Cette mobilisation, portée par des internautes, des artistes et des influenceurs, n’avait pas seulement visé les opérateurs, mais aussi l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et de la Poste (ARCEP) pour dénoncer la cherté des forfaits et demander une révision des grilles tarifaires.
La campagne avait connu une forte résonance, générant une avalanche de publications, d’appels au boycott et de critiques ouvertes contre les coût élevés des données mobiles. Les initiateurs ont rappelé qu’un internet abordable n’est pas un luxe, mais une nécessité pour communiquer, travailler en ligne, promouvoir la culture ou entreprendre. Ils ont parfois appuyé leurs revendications par des actions symboliques, telles que des périodes sans connexion volontaire afin de marquer l’impact économique potentiel sur les opérateurs.
Face à cette dynamique, Celtiis avait choisi d’aller plus loin en intégrant directement la revendication dans sa stratégie commerciale. À l’occasion de son premier anniversaire, l’opérateur avait lancé une offre proposant 1 Go d’internet à seulement 500 F CFA, assortie d’un bonus de 100 % lors de la première activation de certains passes. Cette initiative avait été perçue comme une réponse concrète à l’appel 1 Giga Favi et comme un moyen pour Celtiis de conforter sa position sur le marché en montrant qu’il entend entendre les préoccupations des utilisateurs tout en cherchant à démocratiser l’accès à Internet.
Aujourd’hui donc avec ces nouvelles offres des réseaux GSM pour les consommateurs béninois, les bénéfices sont indéniables. L’accès à Internet s’est démocratisé à une vitesse impressionnante. Les volumes de données disponibles pour un budget modeste n’ont jamais été aussi élevés. Les usages numériques — réseaux sociaux, vidéo en ligne, commerce électronique, services financiers mobiles — se développent à grande échelle.
Cependant, cette baisse des prix soulève une question essentielle : la qualité pourra-t-elle suivre sur le long terme ? L’augmentation massive du trafic exerce une pression constante sur les infrastructures. Les heures de pointe révèlent parfois des ralentissements perceptibles, alimentant les débats en ligne et les comparaisons entre opérateurs. Mais dans un marché aussi concurrentiel, la moindre faiblesse technique devient immédiatement visible et commentée.

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