Togo : L’asile politique en Afrique après l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba

Il y a une dizaine de jours, le Togo a remis à l’autorité militaire burkinabè Paul‑Henri Sandaogo Damiba, l’ancien chef d’État qui avait trouvé asile à Lomé après sa chute. L’opération, réalisée dans la nuit du 17 janvier 2026, interpelle par sa rapidité et soulève des questions sur la nature exacte de la procédure — extradition formelle ou simple livraison — et sur les garanties accordées au bénéficiaire de l’asile.

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Que vaut encore l’asile politique en Afrique? - Le regard d'Ahmed Newton Barry
<span>Ahmed Newton Barry.</span> <span>© Anthony Ravera / Studio graphique FMM</span>
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Damiba avait quitté le pouvoir après une médiation menée par des personnalités burkinabè, notamment le cardinal Philippe Ouédraogo et le Moro Naaba, qui l’avaient convaincu de démissionner sous plusieurs conditions. Accueilli ensuite au Togo, il avait exprimé à plusieurs reprises son amertume sur le non‑respect de certains engagements pris à son égard et, selon des informations, demandé à quitter Lomé sans obtenir d’accord. La posture régionale, marquée par la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et des positions constantes de responsables ouest‑africains, a contribué à un contexte diplomatique complexe autour de son séjour à Lomé.

La chronologie officielle fait état d’une décision judiciaire suivie, le même jour, d’un décret d’expulsion, puis d’une exécution de la mesure le lendemain, un jour non ouvré. Des sources rapprochées du dossier dénoncent une procédure bouclée en 48 heures, assortie d’une coordination étroite entre les pouvoirs judiciaire et exécutif togolais, ce qui contraste avec les délais et négociations observés lors d’extraditions antérieures sur le continent.

Lomé, un refuge précaire pour les demandeurs d’asile

Ce cas n’est pas isolé. En juin 2012, Lomé avait déjà extradé l’ancien ministre ivoirien de la Défense Lida Kouassi Moïse dans des conditions qualifiées alors de « très diligentes » par les autorités concernées, l’arrestation et l’expulsion s’étant déroulées en une seule journée. Pour des acteurs judiciaires et diplomatiques, ces exemples alimentent l’idée que la capitale togolaise peut être un point d’asile fragile, quelle que soit la qualité des demandes ou la notoriété des personnes accueillies.

Pour Damiba, le déroulé officiel indique qu’il a bénéficié d’un délai d’un jour entre la décision de justice et son expulsion, sans possibilité d’exercer un recours effectif, selon des témoignages. Lomé affirme s’être assuré que l’ancien chef d’État ne serait pas exposé à la peine capitale et qu’il bénéficierait d’un procès équitable en retour au Burkina Faso.

Ces assurances se heurtent toutefois à des constats récurrents sur la situation judiciaire au Burkina depuis la prise de pouvoir par la junte : interventions des forces de sécurité autour de juridictions, pressions sur des magistrats, et allégations de transferts forcés de personnes impliquées dans des dossiers politiques vers des zones militaires. Des récits circulent aussi faisant état d’avocats, de prévenus et de juges enlevés à Ouagadougou et placés dans des sites de détention militaires connus sous le nom de Ouaga 2000.

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