Surya Bonaly juge ridicule d’être rejetée à 19 ans
Surya Bonaly, figure emblématique du patinage artistique français, revient sous les projecteurs en tant que marraine des Mondiaux de Montpellier. Célèbre pour son salto arrière réceptionné sur un seul pied — aujourd’hui surnommé le « Bonaly » et interdit par le règlement — la quintuple championne d’Europe et triple vice-championne du monde a laissé une empreinte durable sur son sport malgré l’absence d’un titre olympique.

SOMMAIRE
Adoptée et élevée près de Nice avant que sa famille n’emménage à Champigny-sur-Marne en 1985, Surya Bonaly a d’abord pratiqué la gymnastique avant de se consacrer au patinage. Très tôt, elle fait preuve d’une puissance musculaire et d’une explosivité hors norme qui transforment ses sauts en moments spectaculaires. Ce profil athlétique, proche de la gymnastique, la distingue d’un modèle esthétique alors dominant dans le patinage, axé sur la grâce, la finesse des lignes et une certaine idée du féminin héritée des grandes figures de la discipline.
Face à cet atypisme, Bonaly subit des jugements sur son corps et son identité. On lui reproche d’être « trop musclée » et, selon ses propres propos, elle est souvent désignée par une couleur de peau — « la Noire » — plutôt que par sa qualité d’athlète. Un autre reproche récurrent tient à son âge : très jeune à l’entrée sur la scène internationale, elle se heurte à une partie du milieu qui la juge « trop tôt » placée au sommet.
Le choc de Chiba, le geste de 1998 et l’impossible conformité
Ces tensions éclatent publiquement lors des championnats du monde de 1994 à Chiba, au Japon. Quelques semaines après une quatrième place aux Jeux olympiques de Lillehammer, Surya Bonaly exécute un programme que beaucoup d’observateurs jugent supérieur à celui de sa concurrente directe. Le classement final la met toutefois à égalité avec la Japonaise Yuka Sato ; la décision des juges — cinq voix contre quatre — désigne Sato comme championne. À la cérémonie, Bonaly arrive en larmes et refuse d’abord de monter sur la deuxième marche du podium. Elle finit par accepter, puis retire sa médaille d’argent, expliquant qu’elle ne se sent pas à sa place sur ce podium et exprimant sa déception.
Pour son entourage, y compris Rodolphe Maréchal, ami d’enfance et entraîneur, le geste et la réaction de Bonaly traduisent moins un caprice qu’une volonté de marquer l’injustice perçue. Plusieurs voix, dont des historiens et chercheurs, ont par la suite souligné que la silhouette, la couleur de peau et l’attitude de Surya ont pesé dans l’évaluation subjective de ses performances artistiques, au même titre que les éléments techniques.
En 1998, aux Jeux olympiques de Nagano, blessée au tendon d’Achille et consciente que la compétition pourrait être sa dernière grande échéance, Surya Bonaly réalise sur la glace un backflip réceptionné sur un pied. Cette figure, explicitement interdite par le règlement, est immédiatement sanctionnée par les juges et Bonaly termine dixième. La figure a depuis été reprise et acclamée lors des Jeux d’hiver 2026 par Ilian Malinin.

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