Sénégal : le franc CFA et l’endettement en marge d’une table ronde à Dakar

La question de la création d’une monnaie nationale demeure un sujet de débat récurrent au Sénégal. Elle renvoie à des enjeux majeurs de souveraineté, tout en se heurtant à des réalités économiques et financières particulièrement complexes.

Sous la direction du président Bassirou Diomaye Faye, les autorités sénégalaises ont exprimé une volonté claire de réévaluer la dépendance du pays au franc CFA. L’idée d’une monnaie nationale traduit ainsi une aspiration légitime à la souveraineté populaire, largement partagée par la population depuis de nombreuses années, dans l’attente de décisions concrètes de la part des autorités actuelles.
Dans ce contexte, le Mouvement international pour les réparations a organisé une table ronde intitulée : « Le CFA et l’endettement : quelle alchimie pour libérer nos économies ? ». Cette rencontre a réuni plusieurs spécialistes et experts, parmi lesquels Abdoulaye Thomas Faye, économiste, membre du Pastef et député à l’Assemblée nationale du Sénégal ; Momar Thiam, enseignant-chercheur et spécialiste de Bres-Octagone ; Seynabou Kane ; Nestor Podasse, coordonnateur national de la PJP (Planète des jeunes panafricains) au Burkina Faso ; ainsi que Saliou Diop, expert en communication, auteur et chercheur spécialisé dans les dynamiques géopolitiques africaines.
Intervenant sur la question d’une éventuelle sortie du Sénégal du franc CFA, le député Abdoulaye Thomas Faye a exprimé une position sans équivoque. Selon lui, le franc CFA n’a jamais été une monnaie nationale, mais une devise héritée de l’époque coloniale : « Le Sénégal devait-il sortir du franc CFA ? Ma réponse est oui, sans ambiguïté. Lorsqu’on remonte à ses origines, on constate qu’il ne s’agit pas d’une monnaie conçue pour le Sénégal, mais d’une relique des temps coloniaux. »
Pour Nestor Podasse, au-delà des discours, le simple fait de pouvoir débattre ouvertement du franc CFA constitue déjà une avancée significative : « Il y a trois ou quatre ans, il n’était pas évident de s’asseoir au Sénégal pour critiquer le franc CFA. Aujourd’hui, si ce débat est possible, c’est bien la preuve que les lignes ont évolué. »
De son côté, Momar Thiam souligne que le franc CFA demeure un frein à l’autonomie des politiques économiques. Selon lui, un pays riche en ressources naturelles comme le Sénégal — doté notamment de pétrole, de gaz, de zircon et d’autres minerais — ne subirait aucun préjudice en s’en affranchissant. L’instauration d’une monnaie nationale apparaît ainsi comme une étape décisive vers une indépendance réelle. Il insiste également sur la nécessité de cohérence entre souveraineté économique et gestion des ressources : un pays ne peut, selon lui, prétendre maîtriser ses choix économiques tout en restant dépendant d’un système monétaire contraignant.
Dans l’ensemble, les participants à cette table ronde ont convergé vers une même conclusion : la souveraineté monétaire constitue un levier essentiel pour garantir une croissance économique durable et restaurer l’indépendance financière du Sénégal. Toutefois, au-delà des intentions, l’enjeu réside désormais dans la mise en œuvre d’actions concrètes, notamment à travers un plan de redressement économique et social structuré.
Cette orientation rejoint les prises de position du Premier ministre Ousmane Sonko, pour qui « aucune souveraineté économique n’est possible sans souveraineté monétaire. Le franc CFA est un instrument de contrôle, conçu pour prolonger la tutelle et la dépendance ».
Au final, le défi pour le Sénégal consiste à traduire ces ambitions en politiques publiques effectives, afin de franchir le cap d’une souveraineté monétaire pleinement assumée.


