Sara Forestier : Maudite du cul ? met à nu le tabou de la sexualité féminine
Sara Forestier signe un roman graphique publié le 5 février aux éditions L’Iconoclaste, Maudite du cul ?, qui aborde sans fard la sexualité féminine, l’angoisse et la pression sociale autour des premières expériences sexuelles. L’ouvrage, co-signé avec l’illustratrice Jeanne Alcala, se présente comme un récit autobiographique qui mêle témoignage intime et réflexion sur les normes générationnelles.

SOMMAIRE
Le titre, volontairement cru, annonce le ton direct du livre. Sur un format graphique mêlant textes et dessins, l’autrice revient sur des épisodes de sa vie intime marqués par la maladresse, l’incompréhension et un sentiment persistant d’être « à côté ». Le parti pris graphique accompagne la narration en alternant scènes parfois drôles, parfois douloureuses, sans chercher à théoriser le vécu.
Au fil des pages, la comédienne décrit un contraste net entre une carrière professionnelle qui prend son essor et une vie intime qui vacille. Le récit met en lumière une pression peu évoquée : celle qui pèse sur les adolescentes et adolescentes en devenir, où la sexualité devient une norme implicite au collège et au lycée. Il évoque le besoin de « avoir déjà vécu quelque chose », la crainte de paraître en retard, et les conséquences psychologiques lorsque le corps ne répond pas comme attendu — doute et honte en tête.
Un récit intime centré sur le plaisir féminin et l’écoute du corps
Dans Maudite du cul ?, Sara Forestier ne se pose pas en experte ; elle restitue des scènes de vie qui visent à partager une expérience plutôt qu’à dispenser des leçons. L’un des messages récurrents de l’ouvrage est résumé dans une formule reprise par l’autrice : offrir son corps sans le connaître est impossible. Cette assertion sert de fil conducteur à une réflexion sur l’importance d’apprendre à écouter ses sensations et à comprendre ses limites.
La BD insiste sur la nécessité de se détacher d’une vision performative de la sexualité, où la norme serait la mise en scène d’une réussite intime. Le récit montre comment la pression sociale et les attentes collectives peuvent conduire à une expérience de la sexualité déconnectée des sensations personnelles. Les planches décrivent des moments de confusion, d’attente et parfois d’humour, qui rendent compte d’un parcours individuel tout en résonnant au-delà du seul cas personnel.
Plus qu’une chronique de jeunesse, le texte se veut un témoignage générationnel. Il aborde le silence et les normes imposées, et replace le plaisir féminin au cœur du propos sans l’idéaliser ni le romantiser. L’approche graphique permet de rendre visible la complexité des ressentis et des émotions liées à la découverte de la sexualité.
Le livre, intime dans la forme comme dans le fond, dialogue avec des enjeux contemporains autour de la parole, du consentement et de la construction du désir. Il souligne enfin qu’il n’existe pas de « bonne façon » de vivre sa sexualité… seulement la sienne.

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