RDC: une rentrée scolaire à l’épreuve d’Ebola, de la grève et de la guerre

Le gouvernement congolais maintient la rentrée scolaire sur tout le territoire ce mardi, mais Ebola, une grève enseignante et le conflit armé dans l’Est imposent des conditions très différentes selon les provinces.

EDUCATION
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Cour du complexe scolaire La Racine à Bunia, en République démocratique du Congo
Photo : Samuel BOLONGO / Wikimedia Commons
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Des millions d’élèves de la République démocratique du Congo sont appelés à reprendre le chemin de l’école ce mardi 1er septembre, pour l’ouverture de l’année scolaire 2026-2027. Le gouvernement maintient la rentrée sur l’ensemble du territoire, mais la reprise s’annonce très inégale selon les régions : six provinces restent touchées par l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Est du pays, une partie des enseignants observe un mot d’ordre de grève, et les zones sous contrôle du mouvement rebelle AFC/M23 organisent leur propre rentrée.

Dans un message diffusé lundi 31 août, la ministre d’État chargée de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a confirmé le maintien de la date malgré un « contexte exigeant ». Elle a appelé à la reprise des cours « partout où les conditions le permettent », avec une pensée pour les élèves et les enseignants confrontés à l’insécurité et aux conflits armés.

Le gouvernement réaffirme la gratuité de l’enseignement primaire public et demande aux établissements de respecter les frais scolaires en vigueur. Cette rentrée doit aussi être marquée par le lancement de 78 cantines scolaires pilotes, à raison de trois par province, ainsi que par la mise en place de « clubs de veille citoyenne » dans les écoles, selon le ministère de l’Éducation.

Trois difficultés distinctes pèsent toutefois sur cette rentrée nationale : la persistance de l’épidémie d’Ebola dans l’Est, un conflit social avec une partie du corps enseignant, et la situation singulière des territoires échappant à l’autorité de Kinshasa.

Un dispositif à trois niveaux face à Ebola

Six provinces sont directement concernées par l’épidémie : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et la Tshopo. L’Ituri en reste l’épicentre, avec la grande majorité des cas confirmés recensés depuis le début de cette flambée, selon les autorités sanitaires congolaises. Le ministère de l’Éducation a mis en place un système différencié plutôt qu’une règle unique : les autorités sanitaires déterminent le niveau de risque de chaque zone, et le ministère adapte en conséquence les modalités d’enseignement et l’allocation des moyens.

Trois catégories ont été définies. Dans les zones vertes, les cours se déroulent normalement, avec des mesures d’hygiène de base et une surveillance des absences. Dans les zones orange, l’enseignement en présentiel se poursuit mais sous surveillance sanitaire renforcée, avec une liaison quotidienne entre écoles et services de santé. Dans les zones rouges, à haut risque, le ministère prévoit un recours temporaire à un enseignement à distance allégé : distribution de feuilles de travail, programmes radiodiffusés ou télévisés là où c’est possible, accompagnés d’un suivi des élèves et d’un soutien psychosocial. Aucun regroupement en présentiel n’y est prévu dans l’immédiat.

Le Syeco maintient son mot d’ordre de grève

La tension sociale dépasse le seul cadre sanitaire. Le Syndicat des enseignants du Congo (Syeco), l’une des principales organisations du secteur, maintient son appel à la grève et demande aux parents de garder leurs enfants à la maison. Il réclame notamment une revalorisation du salaire mensuel des enseignants à 500 dollars américains, ou son équivalent en francs congolais, ainsi que la mécanisation et le paiement des enseignants dits « non payés » et des « nouvelles unités » encore hors du système de paie.

Le ministère affirme de son côté poursuivre le travail sur « la régularité de la paie, la retraite et la protection sociale ». Raïssa Malu a reçu l’intersyndicale des enseignants le 28 août ; selon le ministère, le président de cette structure, Godefroid Matondo, s’est dit satisfait des échanges. Ces discussions n’ont toutefois pas conduit à la levée du mot d’ordre spécifique lancé par le Syeco, dont l’ampleur réelle ne pourra être mesurée qu’au vu du nombre d’enseignants présents mardi dans les établissements.

Une rentrée sous administration de fait de l’AFC/M23 dans l’Est

Dans les territoires contrôlés par le mouvement rebelle AFC/M23, la rentrée obéit à une troisième logique. À Bukavu, les autorités du mouvement ont convoqué la veille des responsables scolaires et des enseignants pour s’assurer du bon déroulement des cours mardi. Le système reste toutefois lié à Kinshasa sur un point essentiel : les enseignants du primaire et du secondaire continuent d’être rémunérés par le gouvernement central, même dans les zones qui échappent à son autorité administrative. Plusieurs enseignants ont par ailleurs réclamé davantage de garanties de sécurité dans un contexte de conflit armé toujours actif dans l’Est du pays.

Le ministère a fixé une date unique de rentrée et mis en place des mécanismes d’adaptation pour chacune de ces situations. Leur application effective sur le terrain, notamment le passage d’un régime scolaire à l’autre selon l’évolution du risque Ebola, la portée réelle du mouvement de grève et la continuité de l’enseignement dans les zones de conflit, ne pourra être vérifiée que dans les prochains jours.

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