Mali : Mahmoud Dicko relance l’appel au dialogue, la junte maintient le silence
Figure religieuse majeure de la scène malienne, Mahmoud Dicko tente de se repositionner comme acteur de sortie de crise. Depuis l’étranger, l’imam appelle à un dialogue inclusif pour « mettre un terme au carnage » et au « bain de sang » qui frappent le Mali. Mais à Bamako, la junte militaire au pouvoir oppose une indifférence calculée à ses prises de parole.

SOMMAIRE
Le 12 février 2026, lors d’une conférence africaine sur la paix organisée en Mauritanie, Dicko a insisté sur la nécessité d’une approche régionale pour stabiliser durablement le Mali. En exil depuis 2023, d’abord en Algérie, il multiplie les interventions publiques pour plaider en faveur d’un dialogue politique élargi, estimant que la crise malienne ne peut être résolue par la seule logique sécuritaire. Ses proches, à l’image d’Etakaba Issoko, continuent de le présenter comme une « ressource stratégique » pour une transition pacifiée.
Cette posture se heurte toutefois à la stratégie de marginalisation adoptée par les autorités militaires dirigées par le colonel Assimi Goïta. Depuis son départ forcé du Mali en juin 2023, Dicko a vu son passeport diplomatique confisqué et ses réseaux affaiblis par la dissolution, en 2024, de l’association qu’il parrainait, accusée de déstabilisation. Plutôt que d’entrer dans une confrontation verbale, la junte a opté pour une politique de silence visant à le rendre politiquement « inaudible » et à éviter toute légitimation de ses appels.
Marginaliser son influence
Le poids de Mahmoud Dicko dans la vie politique malienne reste pourtant indéniable. Ancien président du Haut Conseil islamique du Mali de 2008 à 2019, il s’était imposé comme la figure morale du mouvement Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) en 2020. Les manifestations massives qu’il avait soutenues avaient fragilisé le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta, jusqu’au coup d’État du 18 août 2020 mené par des officiers qui portent aujourd’hui la transition. S’il n’avait pas explicitement cautionné la prise de pouvoir militaire, son rôle dans la mobilisation populaire avait contribué à précipiter la chute d’IBK.
Les relations entre Dicko et la junte se sont ensuite progressivement dégradées. L’imam a critiqué l’« arrogance » du pouvoir militaire, dénoncé la prolongation de la transition et plaidé pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. En décembre 2025, il a rejoint en exil la Coalition des Forces pour la République (CFR), regroupement d’opposants réclamant la fin de la transition et l’organisation d’élections crédibles.
Pour la junte, ignorer Dicko constitue une stratégie de gestion du risque politique. Malgré son éloignement géographique, l’imam conserve une influence symbolique auprès d’une frange importante de la population, notamment dans les milieux religieux et conservateurs. Le pouvoir militaire redoute sa capacité à fédérer un front civil et religieux susceptible de remettre en cause la légitimité de la transition. En évitant toute confrontation directe, les autorités cherchent à contenir son impact sans lui offrir une tribune nationale.

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