Mali : les chauffeurs routiers appellent à un arrêt de travail après des attaques jihadistes
Synacor, principal syndicat des conducteurs routiers du Mali, a annoncé un arrêt de travail programmé pour le 9 février 2026. Le 29 janvier, entre la ville de Kayes et la frontière avec le Sénégal, une attaque attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a entraîné l’exécution d’au moins douze chauffeurs. Le syndicat exige que les dépouilles des victimes soient rapatriées avant toute reprise des activités routières.

SOMMAIRE
Le Mali fait face à une nouvelle paralysie de son approvisionnement en carburant. Depuis le 9 février 2026, les chauffeurs routiers maliens, réunis au sein du Syndicat national des chauffeurs routiers (Synacor), ont lancé un arrêt de travail illimité sur le principal corridor logistique du pays, l’axe Bamako–Kayes–Diboli, à la frontière sénégalaise. Cette grève intervient en réaction à une attaque jihadiste d’une extrême violence, survenue le 29 janvier dernier contre un convoi de carburant dans la région de Kayes.
Selon plusieurs sources sécuritaires, l’attaque est attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Entre 12 et 18 chauffeurs auraient été tués, exécutés à bout portant après l’interception de leur convoi. Fait particulièrement choquant, les assaillants auraient systématiquement exécuté tous les conducteurs capturés, marquant une escalade dans la stratégie jihadiste. Les corps des victimes se trouveraient toujours entre Diboli et Kayes, abandonnés sur la route depuis près de deux semaines.
Face à cette situation, le Synacor exige des autorités de transition le rapatriement immédiat des corps avant toute reprise du travail. En signe de protestation, les chauffeurs ont suspendu toutes les opérations, y compris le déchargement des camions déjà arrivés à destination.
Une crise du carburant qui s’aggrave
Cette grève vient aggraver une crise énergétique déjà critique. Depuis septembre 2025, le Mali subit un blocus jihadiste progressif visant les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, deux axes vitaux pour le pays. Plus de 100 camions-citernes auraient été incendiés ces derniers mois, malgré les tentatives d’escorte militaire.
À Bamako, les conséquences se font rapidement sentir avec un risque élevé de pénurie de carburant, des files d’attente devant les stations-service, une hausse des prix sur le marché noir et des perturbation des transports publics, des services de santé et de nombreuses activités économiques. Pour le JNIM, les chauffeurs de citernes sont désormais considérés comme des « cibles militaires », traduisant une évolution vers une guerre économique assumée contre l’État malien.
À ce jour, aucune réponse officielle n’a été annoncée par le gouvernement de transition malien. Réunis en assemblée générale à Bamako, les chauffeurs affirment avoir saisi les autorités, sans qu’aucune opération de récupération des corps ni négociation formelle n’ait été engagée.
Cette absence de réaction renforce la colère et le sentiment d’abandon au sein de la profession, déjà fortement exposée à l’insécurité. Contrairement à des crises sociales passées, notamment en 2017, où le dialogue avait permis une sortie rapide de conflit, la dimension sécuritaire jihadiste rend aujourd’hui toute issue plus complexe.
Un axe stratégique sous haute menace
L’axe Kayes–Diboli, principal corridor d’importation du Mali, reste l’un des plus exposés aux attaques armées. Malgré les annonces de sécurisation, la situation demeure hautement instable, compromettant la continuité des échanges commerciaux et l’approvisionnement du pays.

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