Côte d’Ivoire : tensions avec l’AES, Alassane Ouattara envoie un émissaire au Mali
La Côte d’Ivoire entend relancer un canal de dialogue avec les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ainsi, Adama Dosso, ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, est attendu à Bamako au début du mois d’avril pour des entretiens officiels visant à normaliser des relations diplomatiques tendues depuis plusieurs années.


Selon des sources diplomatiques, la mission d’Adama Dosso s’inscrit dans une série d’initiatives ivoiriennes destinées à apaiser les tensions avec les pays du Sahel. En décembre dernier, le ministre avait déjà conduit une visite à Ouagadougou où il s’est entretenu avec Karamoko Jean-Marie Traoré, le chef de la diplomatie burkinabè. Le déplacement annoncé à Bamako devrait poursuivre le même objectif, celui d’établir un dialogue bilatéral et multilatéral au sein de l’AES.
Les relations entre Abidjan et Bamako se sont détériorées à la suite des bouleversements politiques qui ont affecté le Mali en 2020 et 2021 et de la montée en puissance du régime militaire dirigé par Assimi Goïta. Le président ivoirien Alassane Ouattara, voix influente au sein de la CEDEAO, n’a pas approuvé les prises de pouvoir par la force à Bamako, ce qui a contribué à une atmosphère de défiance entre les deux capitales.
La rupture a été aggravée par l’affaire des 49 militaires ivoiriens arrêtés à Bamako, un épisode qui a cristallisé les suspicions réciproques. Le Mali a accusé ces éléments d’être en mission de déstabilisation et de préparer des actions contre les autorités maliennes ; Abidjan a démenti ces allégations en affirmant que les soldats se trouvaient dans la capitale malienne dans le cadre d’appuis logistiques à la Minusma, la mission de l’ONU au Mali.
Jugés par la justice malienne, les 49 militaires ont été reconnus coupables d’un ensemble d’infractions comprenant notamment « attentat et complot contre le gouvernement », « atteinte à la sûreté extérieure de l’État » ainsi que des faits liés à la détention et au transport d’armes et de munitions dans l’intention de troubler l’ordre public. Ils avaient initialement écopé d’une peine de 20 ans d’emprisonnement.
La lourde condamnation avait envenimé les rapports diplomatiques entre Bamako et Abidjan, provoquant des réactions au sein des institutions régionales. La crise a toutefois connu une détente après des démarches de médiation : le président togolais Faure Gnassingbé est intervenu dans les pourparlers qui ont abouti à une mesure de clémence en faveur des militaires condamnés.
Un autre dossier a ravivé la discorde entre les deux pays. Celui de l’arrestation à Abidjan de Mamadou Hawa Gassama, parlementaire de la transition et proche du pouvoir de Bamako. Sa détention suivait la diffusion d’une vidéo dans laquelle il tenait des propos critiques à l’égard d’Alassane Ouattara. Inculpé pour « offense au chef de l’État », il a été condamné à trois ans de prison ferme.
Selon les informations officielles, Mamadou Hawa Gassama a été remis en liberté en février 2026 après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle prononcée par Alassane Ouattara.



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