Cameroun : Diaspora bonds, fintech et obligations vertes explorés à Yaoundé
Face à un essoufflement apparent du marché régional des titres publics, le Cameroun étudie plusieurs pistes pour diversifier ses sources de financement, des diaspora bonds aux obligations vertes et bleues, en passant par l’ouverture aux petits épargnants via des plateformes fintech et des émissions liées à des projets précis, a déclaré Moh Sylvester Tangongho, directeur général du Trésor et de la Coopération financière et monétaire, dans un entretien accordé au journal Défis Actuels. Les transferts de la diaspora, évalués à environ 650 milliards de FCFA en 2025 et à une moyenne annuelle de 450 milliards sur les cinq dernières années, représentent une poche d’épargne jugée mobilisable.

SOMMAIRE
Les autorités relèvent que la majeure partie des envois de fonds des expatriés est aujourd’hui orientée vers la consommation et le soutien familial — frais de santé, scolarité, dépenses courantes — plutôt que vers des investissements structurants. D’où l’intérêt pour des instruments dédiés permettant de capter une partie de cette épargne à des fins de financement public, en garantissant transparence et sécurité aux souscripteurs.
Des pays africains ont déjà expérimenté des formules de mobilisation de la diaspora avec des résultats jugés positifs lorsque les mécanismes sont perçus comme clairs et attractifs. Les autorités camerounaises analysent ces retours d’expérience pour adapter un dispositif susceptible d’offrir aux expatriés un placement perçu comme patriotique et sécurisé, tout en diversifiant la base d’investisseurs de l’État.
Instruments envisagés et contraintes opérationnelles
Outre les diaspora bonds, le gouvernement réfléchit à la démocratisation de l’accès aux titres publics via la digitalisation et les fintech. L’objectif affiché est d’autoriser des souscriptions à des montants faibles — l’exemple évoqué est un ticket d’entrée autour de 1 000 FCFA — afin d’élargir la base d’investisseurs au-delà des grandes institutions financières et d’impliquer des centaines de milliers de petits épargnants.
Une autre option étudiée consiste en des émissions obligataires affectées à des projets d’infrastructure identifiés, permettant aux souscripteurs de connaître précisément l’affectation des fonds (construction d’un pont, d’une route, d’une centrale, etc.). Ce modèle vise à renforcer la transparence et l’adhésion locale aux programmes financés par la dette.
Le Cameroun envisage également d’intégrer les financements durables à son catalogue, en particulier les green bonds et blue bonds destinés à financer des projets environnementaux et liés aux ressources marines. Ces instruments nécessitent cependant une préparation technique et documentaire plus lourde que les émissions classiques : critères de sélection, documentation environnementale et dispositifs de suivi de l’utilisation des fonds doivent être mis en place bien en amont.
Les contraintes budgétaires et le calendrier annuel des programmes publics représentent des obstacles à cette anticipation. Sur le marché régional, la principale difficulté reste la concentration des détenteurs de titres publics. Au 30 septembre 2025, environ 65 % des titres publics étaient détenus par les banques.

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