Afrique du Sud : des mineurs clandestins intimident des habitants de bidonvilles proches d’anciennes mines
Randfontein, à une heure à l’ouest de Johannesburg, est le théâtre d’une montée de violence et d’intimidation attribuée aux « zama zama », ces orpailleurs clandestins qui exploitent les vestiges aurifères des anciennes mines et poussent des familles à abandonner leurs habitations.

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Dans le petit quartier informel de Sporong, des habitants décrivent des nuits d’angoisse et des incursions répétées. Caroline, vêtue d’un sweat à capuche et d’une casquette, rapporte des cambriolages à répétition et des menaces proférées à l’encontre de résidents incapables de remettre de l’argent ou des biens : des passages à tabac, des vols de documents d’identité et des intimidations visant les enfants. Selon elle, les premières agressions sont survenues en novembre et se sont prolongées tout au long de décembre, privant la communauté de toute célébration de fin d’année.
Face à la violence, une partie de la population a temporairement cherché refuge dans un gymnase municipal pendant deux semaines, avant d’être renvoyée et de regagner Sporong. Thembela, un des premiers occupants du quartier informel créé il y a une dizaine d’années, souligne que les lieux étaient autrefois calmes et que la population avait elle-même édifié le site. Depuis l’arrivée de ces groupes, dit-il, le quotidien des habitants est profondément troublé et marqué par le traumatisme.
Des mines abandonnées, des réseaux et des tirs selon les habitants
Les résidents pointent du doigt la proximité d’anciennes galeries comme l’une des causes de ces agressions. En Afrique du Sud, on estime à environ 6 000 le nombre de mines abandonnées encore accessibles, attirant des orpailleurs opportunistes. Jullian, un riverain, affirme que les intrus ont identifié la présence de résidus aurifères sous leurs parcelles et qu’ils cherchent à déloger la population pour s’approprier ces ressources : « Ils ont vu que notre sol était riche, que notre terre était riche en or. Ils cherchent donc à nous éloigner de cet endroit pour pouvoir prendre cet or. Alors, ils nous tirent dessus », rapporte-t-il.
Interrogés sur les motivations, les habitants distinguent des mineurs clandestins agissant par nécessité et des équipes structurées liées à des réseaux criminels. À l’appui de ces accusations, Jullian conduit l’équipe de reportage devant une taverne du quartier où, selon lui, des membres armés ont ouvert le feu de manière aléatoire : environ huit personnes touchées, deux victimes décédées sur place, et une fenêtre encore brisée en témoignage matériel de l’attaque.
La multiplication des incidents a considérablement érodé la confiance envers les autorités locales. Malgré ce scepticisme, un dispositif policier a été déployé : un poste de police mobile a été installé aux abords du quartier.

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