RDC : les quotas congolais maintiennent le marché du cobalt sous tension
Après plusieurs mois d’interruption, la République démocratique du Congo a repris l’exportation de cobalt, mais les flux restent insuffisants pour couvrir la demande. L’annonce en octobre dernier d’un système de quotas d’exportation a été suivie d’une hausse importante des cours : le prix du sulfate de cobalt a bondi de 66 % en Chine.

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La flambée des prix, déjà apparue lors de l’interdiction des exportations un an plus tôt, ne s’est pas atténuée après la levée de l’interdiction. Le mécanisme de quotas, répartis entre 21 sociétés minières congolaises, a été jugé immédiatement trop limité par les acteurs du secteur.
La mise en œuvre de ce régime s’est avérée complexe et a empêché l’exécution des volumes prévus pour le dernier trimestre 2025. D’après l’Institut du cobalt, le premier camion chargé de cobalt n’a finalement quitté le territoire qu’au début du mois de janvier. Le suivi de Project Blue fait état d’environ cinquante camions expédiés depuis le pays pour le premier mois de 2026.
Marché déficitaire ?
Chris Welch, analyste pour Argus Media, souligne que l’autorité congolaise de régulation minière Arecoms dispose d’un nombre très limité d’agents pour réaliser les analyses de l’hydroxyde, ce qui retarde les transports routiers. Il ajoute que la hausse des cours du cuivre a poussé certaines entreprises à privilégier l’exportation de cuivre plutôt que de cobalt par camion.
Avec ce nouveau dispositif et l’incertitude qui l’entoure, le marché devrait rester tendu en début d’année. Les cargaisons actuellement expédiées ne devraient pas arriver en Chine, principal pôle de raffinage, avant avril ou mai. L’Institut du cobalt estime que, hors production congolaise, le marché mondial affichait un déficit de 53 000 tonnes en 2025 et pourrait rester en situation de manque en 2026.
Avant ce changement de politique, la RDC assurait les deux tiers de l’offre mondiale. L’augmentation de la production indonésienne — passant de 21 % de part de marché en 2025 à 35 % en 2026 — ne compense pas totalement la réduction des exportations congolaises.
Project Blue évalue les stocks chinois d’hydroxyde, fin janvier, entre 30 000 et 40 000 tonnes, volume insuffisant pour couvrir plus de trois mois de consommation intérieure. Les tensions pourraient commencer à se relâcher au deuxième trimestre, mais les prix risquent de rester élevés jusqu’à la fin de l’année, le quota annuel congolais étant pour l’heure fixé à la moitié des niveaux habituels.
La croissance de la demande semble toutefois plus limitée que prévu. La suppression, depuis septembre dernier, d’un crédit d’impôt de 7 500 dollars aux États-Unis a conduit à une révision à la baisse des achats de véhicules électriques ; le marché américain devrait croître modestement, de 3 % en 2025 et de 7 % en 2026. En Europe, les ventes de voitures électriques et la demande en batteries restent inférieures aux projections initiales.
L’Institut du cobalt met en garde contre un risque d’effondrement de la demande à l’horizon 2027, soulignant que des restrictions excessives de l’offre pourraient encourager le développement de batteries sans cobalt et réduire les besoins en métal.

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