Ady Bloukounon Goubalan, le chercheur de la FAO nommé à l’Agriculture
Agronome et spécialiste des systèmes agricoles, Ady Yéton Bloukounon Goubalan prend le portefeuille Agriculture, Elevage et Pêche.


Nommé ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Ady Yéton Bloukounon Goubalan arrive au gouvernement avec un profil de chercheur international, spécialiste de la fertilité durable des sols et de la nutrition des plantes. Ancien cadre de la FAO à Dakar et passé par AfricaRice et l’IITA, il hérite d’un secteur vital pour le Bénin, confronté aux défis de l’eau agricole, de la dégradation des sols, des semences, de la mécanisation, de l’agro-industrialisation et de la protection sociale des producteurs.
Ady Yéton Bloukounon Goubalan est nommé ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche le 24 mai 2026. Son arrivée à ce poste installe un profil scientifique et technique à la tête d’un secteur vital pour l’économie béninoise, l’emploi rural et la sécurité alimentaire. Docteur en agronomie, il est présenté comme un spécialiste des systèmes agricoles, de la recherche appliquée et des politiques de sécurité alimentaire. Son parcours l’a conduit dans des institutions de référence, dont l’Institut international d’agriculture tropicale et la FAO, avec une expérience régionale en Afrique de l’Ouest.
Cette trajectoire est importante pour un ministère confronté à des enjeux simultanés : productivité, adaptation au changement climatique, accès aux intrants, mécanisation, transformation locale, modernisation de l’élevage et organisation des filières halieutiques. Le Bénin reste fortement dépendant de son agriculture, avec des chaînes de valeur qui doivent créer plus de revenus pour les producteurs et plus de valeur ajoutée sur le territoire.
Dans le gouvernement Wadagni, Ady Yéton Bloukounon Goubalan devra donner une traduction opérationnelle à une approche plus scientifique de l’agriculture. Sa mission consistera à relier recherche, conseil agricole, investissement public, financement des exploitations et compétitivité des filières, dans un secteur où les résultats sont directement visibles dans les prix, les revenus ruraux et l’emploi.
Un chercheur au profil international, peu connu au pays
Ady Yéton Bloukounon Goubalan – orthographié « Adin » dans ses publications académiques et dans plusieurs sources médiatiques – est l’un des profils les plus atypiques du gouvernement Wadagni. Scientifique de formation, il a construit une carrière entièrement dans la recherche agronomique internationale et les organisations onusiennes, loin des cercles politiques et administratifs béninois. Sa nomination le 24 mai 2026 a surpris les observateurs : il était encore en poste à Dakar la semaine de son entrée au gouvernement.
Sa date de naissance et ses origines géographiques précises ne sont pas documentées dans les sources publiques disponibles. Son prénom Yéton est Fon.
Ady Yéton Bloukounon Goubalan est docteur en fertilité durable des sols et nutrition des plantes – spécialité qui se situe à l’intersection de la pédologie (science des sols), de l’agrochimie et de la physiologie végétale. Cette discipline traite des interactions entre la structure physico-chimique des sols, la disponibilité des nutriments et les mécanismes d’absorption par les plantes – autrement dit, les conditions dans lesquelles un sol produit de manière durable sans se dégrader.
Son parcours doctoral s’effectue notamment à l’Université d’Abomey-Calavi et à AfricaRice – le Centre du riz pour l’Afrique, institution de recherche interétatique dont le siège est à Abidjan et qui conduit des programmes de sélection variétale et de gestion des sols rizicoles en Afrique subsaharienne. Son profil sur AD Scientific Index le rattache explicitement à AfricaRice Côte d’Ivoire. Son profil ResearchGate le présente comme « Agricultural Officer | PhD » à la FAO Division de la Production et de la Protection des Plantes à Rome, avec 13 publications indexées et 107 citations selon Google Scholar au moment de sa nomination – indicateurs qui attestent d’une activité de recherche réelle et reconnue dans sa communauté scientifique.
L’IITA d’Ibadan : la recherche sur les filières semencières et la protection des végétaux
Avant de rejoindre la FAO, Ady Yéton Bloukounon Goubalan conduit plusieurs années de recherche à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), dont le principal campus est à Ibadan, Nigeria. L’IITA est l’une des quinze organisations du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) – le réseau mondial des centres de recherche agronomique financés par des bailleurs multilatéraux. Ses travaux à l’IITA portent sur les filières semencières, la protection des végétaux et la valorisation des résidus agricoles dans les contextes d’Afrique de l’Ouest.
Ces thématiques ne sont pas accessoires : les systèmes semenciers sont le socle de toute agriculture productive – la qualité et la disponibilité des semences conditionnent les rendements, la résistance aux maladies et l’adaptation aux conditions climatiques locales. Le Bénin souffre d’un sous-développement chronique du secteur semencier formel, avec une prédominance des semences de ferme non certifiées et un approvisionnement en semences améliorées insuffisant pour la plupart des filières vivrières. Bloukounon Goubalan figure parmi les auteurs d’une étude de référence publiée par la FAO en 2024 sur l’état du secteur semencier béninois – document qui constitue un état des lieux de l’enjeu qu’il devra désormais traiter depuis le gouvernement.
Au moment de sa nomination le 24 mai 2026, Ady Yéton Bloukounon Goubalan exercait comme chargé de l’agriculture au bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, basé à Dakar. Ce bureau couvre les pays de la CEDEAO et du Sahel, avec des mandats sur la sécurité alimentaire, la résilience des systèmes agricoles, la gestion des ressources naturelles et la réponse aux crises alimentaires. En tant que chargé de l’agriculture, il coordonnait les programmes de terrain de la FAO dans la sous-région, supervisait les projets de protection phytosanitaire et participait aux réunions régionales sur les politiques agricoles.
Son nom apparaît dans un compte rendu de la FAO Bénin de 2025 : lors d’une visite de champs à Toffo dans le cadre de l’initiative mondiale contre la chenille légionnaire d’automne, il intervient en qualité de chargé de l’agriculture au bureau sous-régional de Dakar, apportant des précisions techniques sur les méthodes de lutte biologiques et organo-minérales expérimentées par les producteurs béninois.
En mai 2026 – quelques jours à peine avant sa nomination au gouvernement – il est distingué comme « Homme de l’année » au Sénégal pour la qualité de ses contributions scientifiques et techniques dans les programmes de la FAO dans la sous-région.
Le 26 mai 2026 : huit priorités
Ady Yéton Bloukounon Goubalan prend officiellement ses fonctions le 26 mai 2026, lors de la passation de charges avec Gaston Cossi Dossouhoui, qui avait dirigé ce ministère depuis octobre 2017 – soit huit ans et sept mois, une longévité remarquable. Dès sa prise de parole, il annonce huit priorités structurant son mandat : la gestion de l’eau agricole, la restauration et la fertilité des sols, le développement de l’élevage, la modernisation de la pêche, l’agro-industrialisation des filières, l’intégration des outils numériques dans l’agriculture, la protection sociale des acteurs du secteur et le renforcement des mécanismes de financement.
Cette liste dit l’étendue du chantier et les axes sur lesquels sa formation académique est directement mobilisable – fertilité des sols, protection phytosanitaire, filières semencières – tout en affichant une ambition sur des domaines nouveaux pour lui, comme la pêche, l’élevage ou la protection sociale agricole. Sur ce dernier point, c’est précisément Wadagni qui avait annoncé dans son discours d’investiture la création d’une protection sociale agricole comme axe central de son mandat.
La rupture avec son prédécesseur Dossouhoui est totale. Dossouhoui était un administrateur de formation dont le mandat avait été marqué par le déploiement des Programmes d’action de développement durable agricole (PADeDA) et la mise en œuvre du plan d’investissement agricole national. Il gouvernait le secteur depuis les outils de politique publique.
Bloukounon Goubalan arrive comme chercheur. Il connaît les sols et les semences, les dynamiques des filières végétales en Afrique de l’Ouest et les mécanismes de financement multilatéral des projets agricoles – puisqu’il a passé des années à les concevoir et les évaluer depuis la FAO. Sa crédibilité est celle d’un expert dont les partenaires techniques et financiers du secteur agricole – Banque mondiale, FAO, FIDA, CGIAR – sont des interlocuteurs habituels. Dans un secteur où la mobilisation des financements extérieurs est déterminante, ce réseau a de la valeur.
Sa principale faiblesse symétrique est réelle : il n’a jamais géré une administration publique nationale, ni supervisé des centaines d’agents de vulgarisation agricole répartis dans les 77 communes du Bénin, ni arbitré des conflits entre filières organisées aux intérêts divergents. Le passage de la recherche internationale à la gouvernance d’un ministère qui emploie plusieurs milliers de personnes implique un saut managérial sans filet.
Un secteur central sous pression climatique
Le portefeuille qu’hérite Bloukounon Goubalan couvre le secteur le plus important de l’économie béninoise par le nombre de personnes concernées : l’agriculture emploie, selon la Banque mondiale, 70 % de la population active. Le coton, première culture d’exportation, représente environ 40 % des recettes d’exportation. Le Bénin a produit 665 000 tonnes de coton graine en 2024-2025, se maintenant parmi les premiers producteurs africains. Les cultures vivrières – maïs, manioc, igname, sorgho, mil – assurent la sécurité alimentaire de la grande majorité des ménages ruraux.
Ce secteur est confronté à trois défis simultanés : la dégradation des sols dans le nord du pays sous l’effet combiné de la pression démographique et des variations climatiques, l’insuffisance de la mécanisation et des intrants de qualité pour les petits producteurs, et la faiblesse de la transformation agroalimentaire locale qui prive les producteurs d’une part significative de la valeur ajoutée de leurs productions.
Ce sont précisément les questions sur lesquelles la carrière de Bloukounon Goubalan lui a donné les outils. Reste à savoir s’il parviendra à les traduire en politique publique concrète depuis un ministère plutôt qu’en publication académique.
Photos de Ady Yéton Bloukounon Goubalan
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