Pierre Niney sur les mécanismes qui nous font donner confiance à n’importe qui
Gourou explore, avec tension et sensationnalisme assumés, l’univers du coaching ultra‑médiatisé à travers le personnage de Matthieu Vasseur, incarné par Pierre Niney. Le film interroge la mécanique de la séduction de masse, la porosité entre inspiration et manipulation, et la quête de pouvoir d’un leader charismatique capable de capter et d’orienter les émotions d’un public conquis.

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Pour Pierre Niney, endosser ce rôle revient à décrypter les ressorts de la persuasion. L’acteur évoque des modèles filmiques — de Tom Cruise dans Magnolia à Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street — qui illustrent, selon lui, les mécanismes par lesquels un orateur ou une figure publique mobilise l’attention et transforme l’adhésion en emprise. Interrogé par la presse, Niney résume son rapport à l’art dramatique : « On manipule les émotions des gens en leur racontant des histoires… L’important c’est de ne pas les imposer. » Il rappelle aussi, à propos de son travail sur Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, la discipline nécessaire pour varier intensités et tonalités : jouer une même scène avec des émotions différentes pour mieux éprouver la dynamique persuasive.
La parole du film est complétée par Céline Tran, coach et coordinatrice d’intimité consultée sur la représentation du milieu. Elle insiste sur le choix artistique du long métrage : Gourou est une fiction et non un documentaire, et il dépeint des profils précis plutôt qu’une critique exhaustive du secteur. Le film met néanmoins en lumière des éléments visibles du système commercialisé du coaching — la promotion, les programmes vendus en plusieurs fois — sans s’attarder sur le contenu complet des séances.
Charisme, dérives et limites du coaching
La figure centrale, surnommée dans la fiction « Coach Matt », illustre la capacité d’un intervenant à combiner compétences de communication et stratégie commerciale. Selon Céline Tran, classé « #1 en France » par des algorithmes ne désigne pas nécessairement la qualité thérapeutique mais la force de vente : « Matt est davantage un entrepreneur qu’un accompagnant. » Elle reconnaît toutefois certaines aptitudes réelles — inspirer confiance, ouvrir un espace de parole direct, redonner de la motivation — et pointe son talent pour les « coups de pieds au cul » qui galvanisent des publics en demande d’action immédiate.
Le film documente aussi les points de rupture possibles : l’enthousiasme initial peut masquer des effets secondaires quand la dynamique du coaching prétend remplacer un accompagnement médical ou psychothérapeutique. Céline Tran alerte sur les conséquences pour des personnes fragiles : aggravation du mal‑être, sentiment d’échec, culpabilité et repli. Ce questionnement sur la frontière entre accompagnement professionnel et intrusion directive traverse la narration.
Pierre Niney décrit le cinéma comme un espace où le spectateur consent à être « menti » pour éprouver des sensations ; Gourou use de cet artifice pour exposer « l’illusion derrière la séduction » tout en conservant des éléments de thriller et de sensationnel. Céline Tran met l’accent sur la responsabilité des professionnels : un coach doit avoir une posture éthique, connaître ses limites et orienter vers un réseau médical ou psy si nécessaire. « GOUROU nous montre les dérives d’un homme qui se trompe de rôle (c’est lui qui devrait consulter!) et qui se piège à son propre jeu. »

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