Nigeria : le système hospitalier face aux soins des enfants
La clinique privée Euracare, située à Lagos, a annoncé il y a quelques semaines l’ouverture d’une enquête interne approfondie après le décès d’un des enfants de l’écrivaine Chimamanda Adichie. L’établissement nie toute négligence dans sa gestion du dossier. De son côté, le gouverneur de l’État de Lagos a saisi l’organe public chargé de contrôler les structures sanitaires — l’HEMAFAA — afin qu’une investigation administrative soit menée sur les circonstances du drame.

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Sur place, des agents de l’HEMAFAA ont procédé à une inspection minutieuse de l’hôpital privé d’Ikeja. Accompagnant les inspecteurs, notre correspondant a observé l’examen systématique des salles et du matériel médical, comme le prévoit la mission d’accréditation et de contrôle de cette agence.
À la tête de l’HEMAFAA, Abiola Idowu pilote les dossiers portant sur d’éventuelles erreurs médicales. Elle rappelle que l’agence a pour mandat d’examiner tous les incidents sans considération de statut social et dispose de prérogatives pour sanctionner un établissement lorsqu’une faute est établie, puis transmettre les cas aux instances professionnelles compétentes.
Le Dr Veronica Iwayemi, qui supervise notamment les quelque 320 centres de santé primaire de la métropole, participe également au traitement du dossier relatif au petit Nkanu Nnamdi. Sa longue expérience des enquêtes la met fréquemment face à des cas tragiques impliquant des enfants de moins de cinq ans.
Des enquêtes souvent nuancées
Pour le Dr Iwayemi, il arrive que la responsabilité ne soit pas immédiatement évidente : certaines situations relèvent de circonstances complexes plutôt que d’une faute nette. Les équipes cherchent alors à présenter les conclusions aux familles sans les accabler inutilement. Si une lacune de la part du personnel est démontrée, la personne concernée devra toutefois répondre devant la commission d’enquête.
Les experts interrogés soulignent par ailleurs des problèmes structurels persistants au Nigeria : le pays affiche un ratio médecin/patient très inférieur aux recommandations internationales — environ un médecin pour 8 000 habitants contre un repère OMS de 1 pour 600 —, et de nombreux praticiens choisissent l’exil pour de meilleures conditions de travail. Le Dr Adenuga, président du syndicat des jeunes médecins de Lagos, évoque des écarts salariaux importants qui poussent des médecins à s’installer au Rwanda, en Namibie ou en Afrique du Sud, où la rémunération peut être sensiblement plus élevée qu’au Nigeria.
En attendant les conclusions de l’enquête administrative conduite par l’HEMAFAA, Chimamanda Adichie et les siens vivent leur deuil loin des caméras, endeuillés par la perte du jeune Nkanu Nnamdi.

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