Le référendum constitutionnel au Sénégal ravive les tensions au sommet de l’État

L’adoption du projet de révision de la Constitution par l’Assemblée nationale du Sénégal le 29 juin ouvre une nouvelle étape politique. Dans la foulée, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé que le texte serait soumis à un référendum populaire, sans toutefois préciser la date de cette consultation.

L’examen de cette réforme constitutionnelle s’est déroulé dans un climat de fortes divergences au sein du pouvoir. Les désaccords entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko se sont particulièrement manifestés autour de ce projet. Selon plusieurs analystes, les amendements proposés par les députés du Pastef visent à limiter certaines prérogatives du chef de l’État tout en renforçant le rôle du Parlement et du Premier ministre.
Dans ce contexte, le choix du président d’organiser un référendum est interprété par certains observateurs comme une stratégie lui permettant de conserver une plus grande marge de manœuvre politique. Un retour du texte devant l’Assemblée nationale pour une nouvelle lecture aurait pu conduire à son adoption grâce à la majorité parlementaire du Pastef. En optant pour une consultation populaire, le chef de l’État dispose davantage de temps pour mener campagne et influencer l’issue du scrutin. Certains analystes estiment également que le calendrier du référendum pourrait être repoussé jusqu’en novembre, ouvrant la voie à d’autres options institutionnelles, notamment une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale.
Parmi les dispositions ayant suscité le plus de réserves figure l’obligation pour le président de déclarer son patrimoine à la fin de son mandat ainsi que l’interdiction pour le chef de l’État d’exercer simultanément la présidence d’un parti politique. Les critiques du président voient dans son opposition à ces mesures le signe d’une volonté de préserver une plus grande liberté d’action. Certains avancent l’hypothèse que ces dispositions pourraient compliquer la gestion de certaines dépenses politiques, notamment celles liées au maintien de soutiens parmi les responsables politiques, les députés ou les militants.
Cette lecture est également alimentée par plusieurs événements récents, notamment la rencontre entre Bassirou Diomaye Faye avec le président français Emmanuel Macron et des représentants de l’ancienne élite politique de l’époque de Macky Sall, ainsi que par le départ d’Ousmane Sonko de la primature. Pour certains observateurs, ces évolutions traduisent un éloignement des engagements pris durant la campagne présidentielle et un retour progressif à des pratiques politiques associées aux précédents gouvernements, notamment dans les relations avec la France.


