Éthiopie : cinq ans après l’embargo, Washington rouvre les licences d’armes

Vue partielle d’Addis-Abeba depuis Sheger Park en Éthiopie
Photo : DaneyWiki / Wikimedia Commons
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Depuis le 18 septembre, Washington n’applique plus de refus automatique aux licences de défense destinées aux forces éthiopiennes. La décision rouvre l’accès réglementaire aux équipements et services militaires américains, sans autoriser de vente précise.

Depuis le 18 septembre, les exportateurs américains peuvent de nouveau demander des licences de défense pour l’armée, la police et les services de sécurité éthiopiens. Washington a supprimé le refus automatique instauré en 2021, sans autoriser pour autant une vente d’armes précise.

La règle finale du département d’État retire l’Éthiopie du paragraphe 126.1(n) de l’ITAR. Elle met en œuvre une décision prise le 5 février 2026 et remplace la présomption de rejet par un examen au cas par cas des demandes concernant les articles et services de défense.

Le changement met fin à près de cinq ans de régime spécifique. En mai 2021, les États-Unis avaient imposé de larges restrictions sur l’assistance sécuritaire à l’Éthiopie pendant la guerre du Tigré, avant de codifier en novembre la politique de refus visant les forces armées, la police, le renseignement et les autres services de sécurité intérieure.

Cette normalisation réglementaire intervient alors que les relations militaires se sont déjà réchauffées. Fin juillet, l’US Africa Command et l’armée éthiopienne ont coorganisé à Addis-Abeba un symposium réunissant près de 40 pays, et le chef d’AFRICOM a rencontré le Premier ministre Abiy Ahmed ainsi que le chef d’état-major Birhanu Jula.

Du refus automatique à l’examen au cas par cas

L’ITAR encadre les exportations américaines d’équipements militaires, de technologies sensibles et de services de défense. Tant que l’Éthiopie figurait dans la disposition spécifique adoptée en 2021, les demandes destinées à ses principales forces de sécurité étaient soumises à une politique de refus. Le texte entré en vigueur vendredi enlève cette barrière réglementaire propre au pays.

Il ne crée toutefois aucun droit automatique à acheter du matériel américain. Une entreprise qui veut exporter un article contrôlé doit toujours déposer une demande lorsque la réglementation l’exige, identifier l’utilisateur final et obtenir l’autorisation compétente. La Direction of Defense Trade Controls peut encore accepter, conditionner ou refuser une licence selon le dossier présenté.

La portée du changement est donc précise. Il rouvre un canal commercial qui était pratiquement fermé par principe, mais ne constitue ni un contrat, ni un financement, ni une livraison. Le texte du Federal Register ne nomme aucun système d’armes, aucun industriel et aucun montant. Il modifie la manière dont Washington examinera d’éventuelles demandes futures.

Le calendrier montre aussi que la décision politique ne date pas du 18 septembre. Le secrétaire d’État avait arrêté la fin de la politique de refus le 5 février. La Direction of Defense Trade Controls avait ensuite indiqué en mai que les dossiers éthiopiens seraient de nouveau évalués individuellement. La publication de septembre aligne désormais le texte réglementaire sur cette pratique.

Cette distinction compte aussi pour l’assistance de sécurité financée par les États-Unis. Les restrictions décidées pendant la guerre du Tigré ne se résument pas à l’ITAR, et les programmes d’assistance restent soumis à leurs propres règles, notamment les contrôles relatifs aux unités de sécurité lorsqu’existent des informations crédibles sur de graves violations des droits humains.

Le rapprochement militaire revient dans un contexte sous tension

Le retour d’un canal de défense avec Washington s’inscrit dans une reprise plus large des contacts. Lors de sa visite de juillet, le général Dagvin Anderson, commandant d’AFRICOM, a rencontré Abiy Ahmed, Birhanu Jula et la ministre éthiopienne de la Défense. Le symposium coorganisé avec les forces éthiopiennes a rassemblé plus de 200 responsables militaires, spécialistes de la logistique et des communications.

Mais le contexte intérieur et régional reste instable. Le 30 janvier, l’Union africaine s’est dite préoccupée par de nouveaux développements au Tigré et a demandé aux parties de préserver l’accord de cessation permanente des hostilités signé à Pretoria le 2 novembre 2022. Cet accord avait mis fin à deux années de guerre ouverte sans régler toutes les tensions politiques et sécuritaires.

Les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont également fortement dégradées. En février, le gouvernement éthiopien a accusé l’Érythrée d’agression militaire, d’occupation de territoire et de soutien à des groupes armés opérant en Éthiopie, selon une lettre diplomatique consultée par Reuters. Ces accusations ont ravivé le risque d’une confrontation entre deux anciens alliés de la guerre du Tigré.

Washington continue lui-même de décrire une situation sécuritaire difficile. Dans son avis aux voyageurs du 27 août, le département d’État maintient l’Éthiopie au niveau 3 et recommande de ne pas se rendre au Tigré ni dans la zone frontalière avec l’Érythrée en raison notamment du risque de conflit armé, de troubles et de criminalité.

Pour Addis-Abeba, l’ouverture potentielle ne se limite pas à l’achat d’équipements. L’ITAR couvre aussi des services de défense et certaines activités techniques contrôlées, ce qui peut inclure selon les dossiers de la formation, de la maintenance ou de l’assistance spécialisée. Chaque projet reste cependant soumis à l’autorisation américaine applicable.

La règle publiée le 18 septembre est entrée en vigueur immédiatement. Elle ne valide aucun transfert précis vers Addis-Abeba et ne fixe ni volume ni calendrier d’achat. Le seul changement confirmé à ce stade est le passage d’une politique américaine de refus par principe à l’examen individuel des futures demandes éthiopiennes.

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