Dieudonné condamné à verser 130 000 euros aux ayants droit de Barbara
28 mai 2026 marque l’anniversaire de la sortie, en 1970, de L’Aigle noir, l’album et la chanson-icône de Barbara. Chef-d’œuvre souvent interprété comme l’évocation d’un traumatisme incestueux vécu durant son enfance, le titre a nourri une affaire judiciaire retentissante : en 2015, Dieudonné a été condamné à verser 130 000 euros aux ayants droit de la chanteuse pour le détournement de la chanson.

SOMMAIRE

Sorti comme onzième album de Barbara, L’Aigle noir est resté longtemps entouré de mystère quant à son inspiration. Le morceau-titre, empreint de poésie et de gravité, est régulièrement cité parmi les chansons les plus marquantes du patrimoine français ; en 2015 il était classé troisième chanson préférée des Français, derrière Mistral gagnant de Renaud et Ne me quitte pas de Jacques Brel.
Le litige public porte sur une diffusion en 2014 : Dieudonné a mis en ligne sur son site une vidéo dite parodique, rebaptisée Le rat noir, utilisant l’air de L’Aigle noir mais avec des paroles modifiées et des commentaires audio visant directement Barbara. Les ayants droit, représentés par son neveu Bernard Serf, ont saisi la justice pour obtenir le retrait immédiat de la vidéo et une réparation du préjudice moral.
Détournement, procédures et montants des condamnations
En référé, procédure d’urgence destinée à obtenir des mesures conservatoires, le tribunal a ordonné à l’été 2014 le retrait rapide de la vidéo et a assorti cette injonction d’une astreinte, mesure contraignante prévoyant une sanction financière en cas de non-respect de l’ordonnance. Malgré cette décision, les ayants droit ont constaté la persistance du contenu en ligne plusieurs mois plus tard.
En janvier 2015, le tribunal de grande instance de Paris a condamné Dieudonné à verser 50 000 euros de dommages et intérêts, estimant que le détournement portait atteinte à la mémoire de l’artiste et ne relevait pas d’une simple œuvre humoristique. Le jugement souligne le caractère intime et douloureux de l’œuvre originale, que la famille considère comme le récit d’un vécu traumatique.
Dieudonné a fait appel, mais la cour d’appel de Paris a déclaré le recours irrecevable pour dépôt hors délai, rendant la décision de première instance définitive. L’avocate des ayants droit, Me Caroline Mécary, a défendu la nécessité de protéger la mémoire d’une artiste dont l’œuvre touche à l’intime.
Les constats d’huissier établissant que la vidéo litigieuse restait accessible ont conduit à une nouvelle sanction : en mai 2015, le tribunal a infligé 80 000 euros supplémentaires au titre de l’astreinte, portant le total à 130 000 euros à verser aux ayants droit. Les proches de Barbara ont dénoncé une volonté d’« humilier » la chanteuse et ont estimé que le titre choisi, Le rat noir, revêtait des connotations problématiques au regard de l’origine juive de l’artiste.
Dans les commentaires audios diffusés par l’auteur du détournement, Dieudonné qualifiait la chanteuse de termes tels que « cinglée » et « tarée » et évoquait de manière crue son histoire personnelle, ce qui a été invoqué par les ayants droit pour caractériser le préjudice moral.
Près de trente ans après le décès de Barbara en 1997, L’Aigle noir demeure une œuvre identifiée pour sa charge poétique et tragique ; son détournement a donné lieu à l’un des conflits médiatisés autour de l’héritage moral de la chanteuse.


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