Côte d’Ivoire : Les commerçants ivoiriens touchés par le ralentissement des échanges à la frontière du Burkina Faso

Les mouvements de céréales entre le Burkina Faso et ses voisins sont désormais régulés par des autorisations spéciales, une mesure qui a fortement réduit les flux commerciaux transfrontaliers. En Côte d’Ivoire, cette contraction des échanges se traduit par des difficultés pour les producteurs et les négociants, qui ressentent le ralentissement depuis plusieurs mois.

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À la frontière du Burkina, le ralentissement des échanges commerciaux pèse sur les commerçants ivoiriens - Afrique économie
<span>Issa Coulibaly est commerçant à Ouangolodougou au Burkina Faso.</span> <span>© RFI / Bineta Diagne</span>
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À Zoumananvogo, village situé à proximité de la frontière burkinabè, Karim, un cultivateur dans la vingtaine, a récolté environ trois tonnes de maïs cette saison. Mais la manne attendue n’a pas été au rendez‑vous : les cours ont chuté. Là où un sac valait 15 000 FCFA l’an dernier (environ 23 euros), il ne s’échange plus que pour près de 10 000 FCFA aujourd’hui, soit un prix au kilo tombé autour de 100 FCFA — une situation qui réduit fortement sa marge. Autrefois, les acheteurs burkinabè traversaient la frontière voisine pour s’approvisionner directement ; face à l’insécurité, ces clients se font rares, et Karim doit désormais écouler sa production à Ouangolodougou.

Ouangolodougou, important nœud commercial dans le nord ivoirien, sert de point d’interface avec le Mali et le Burkina. Sur une aire de chargement, des manutentionnaires empilent des sacs de céréales dans un camion : la scène illustre un commerce toujours actif, mais fragilisé. Issa Coulibaly, commerçant local, explique que la faiblesse des prix pèse sur toute la chaîne : si l’acheteur paye peu, le producteur ne s’en sort pas, ce qui décourage la production future et finit par démotiver les négociants eux‑mêmes.

Pour les acteurs du marché, la baisse de la demande extérieure complique la fixation d’un tarif viable pour chacun. Les volumes sont là au moment des récoltes, mais trouver des débouchés rémunérateurs devient ardu lorsque les acheteurs habituels ne franchissent plus la frontière. Les expéditions restent lentes et les transactions s’effectuent souvent à crédit, épuisant les trésoreries des commerçants.

Le manque de liquidités freine les acheminements

Selon Abdoulaye Ouattara, vice‑président des commerçants de Ouangolodougou, la principale contrainte actuellement est financière : sans achats rapides et massifs de la part des pays voisins, les prix refuseront de remonter au niveau attendu par les paysans et la mise sur le marché devient laborieuse. Même pour le maïs destiné au marché intérieur, l’écoulement se fait à un rythme réduit, laissant beaucoup de stocks immobilisés.

Ces tensions ne se limitent pas au seul maïs. Le commerce du mil et du sorgho connaît des difficultés comparables, pous­sant producteurs et négociants à diversifier leurs sources de revenus. Certains misent désormais sur l’anacarde, dont une partie des récoltes est orientée vers des filières de transformation locale, offrant un débouché alternatif plus stable.

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