Côte d’Ivoire : 3 ans de prison ferme pour Apoutchou National, 5 ans pour Lionel PCS pour blanchiment
Le tribunal correctionnel d’Abidjan a condamné mardi l’influenceur Apoutchou National à trois ans de prison ferme et son associé Lionel PCS à cinq ans dans une affaire de blanchiment de capitaux née d’une vidéo virale montrant des liasses de billets. Les deux hommes écopent également d’une amende de 264 millions de francs CFA chacun, tandis que leurs avocats disposent encore de la possibilité de faire appel.

SOMMAIRE

Le tribunal correctionnel d’Abidjan a rendu mardi 2 juin 2026 son verdict dans l’affaire de blanchiment de capitaux opposant le parquet à l’influenceur Stéphane Agbré, dit Apoutchou National, et son associé Akobé Léonel, dit Lionel PCS. Apoutchou National a été condamné à trois ans de prison ferme et Lionel PCS à cinq ans, avec dans les deux cas une amende de 264 millions de francs CFA (environ 402 000 euros), selon les informations de Fraternité Matin. Les peines prononcées sont en retrait sur les réquisitions du parquet : le ministère public avait réclamé sept ans d’emprisonnement ferme et 240 millions d’amende contre chacun des deux prévenus lors de l’audience du 24 mars 2026.
L’affaire avait éclaté le 12 novembre 2024 après la diffusion d’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, dans laquelle Apoutchou National exhibait un sac contenant des liasses de billets. Arrêtés avec un troisième co-accusé, Fofana Abdoulaye, les deux hommes avaient obtenu une liberté provisoire assortie d’une interdiction de quitter le territoire. Ils sont poursuivis en vertu de la loi n°2014-134 du 24 mars 2014 sur le contentieux des infractions à la réglementation des relations financières extérieures des États membres de l’UEMOA, de l’ordonnance n°2023-875 du 23 novembre 2023 relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux, et de la loi n°2013-451 du 19 juin 2013 sur la cybercriminalité, notamment pour des transferts d’argent via les réseaux électroniques.
L’État de Côte d’Ivoire et la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI), qui s’étaient constitués parties civiles, avaient respectivement réclamé deux milliards et un milliard de francs CFA de dommages et intérêts lors des plaidoiries. Le montant des dommages accordés par le tribunal aux parties civiles n’avait pas été précisé dans les informations disponibles au moment de la publication.
Un débat juridique sur la base légale des poursuites
La défense avait tenté, avant le verdict, une manoeuvre procédurale pour contester les fondements de l’accusation. Me N’dry Claver, conseil d’Apoutchou National, avait annoncé son intention de saisir le Conseil constitutionnel pour contester la requalification des faits en infraction à la réglementation de la BCEAO, estimant que l’instruction du gouverneur de la BCEAO fixant à 5 millions de francs CFA le seuil de paiement en espèces ne pouvait pas légalement servir de base à des poursuites pénales. La défense n’avait finalement pas donné suite à cette démarche.
Le parquet avait maintenu ses réquisitions initiales lors de la dernière audience avant le verdict, avec un argument d’opportunité adressé directement à la présidente de chambre : « Madame la présidente, soyez sans état d’âme. La jeunesse des prévenus ne doit pas vous impressionner. »
La présomption d’innocence qui protégeait les deux prévenus jusqu’à ce jour ne s’applique plus aux chefs pour lesquels ils ont été déclarés coupables. Ils disposent d’un délai pour faire appel du jugement conformément au droit ivoirien.


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