Centrafrique : une ville du sud-ouest face à la peur de trafics d’organes et de restes humains
À Bayanga, dans le sud-ouest de la Centrafrique, plusieurs tombes profanées et des disparitions inquiétantes alimentent depuis plusieurs années la peur d'un trafic d'organes et d'ossements humains, un phénomène que les autorités locales cherchent à endiguer.

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À Bayanga, dans le sud-ouest de la Centrafrique, la population vit depuis plusieurs années dans la peur de trafics présumés d’organes, d’ossements humains et de sang, rapporte un reportage de RFI publié le 25 août 2026. Plusieurs tombes ont été profanées et des ossements exhumés puis revendus, tandis que des disparitions inquiétantes sont régulièrement signalées dans les champs isolés et lors des cérémonies funéraires.
Selon les autorités locales de la sous-préfecture de Bayanga, une vingtaine de cas de disparition ou de profanation de sépulture ont été recensés depuis le début de l’année, et au moins huit personnes soupçonnées d’implication dans ces trafics ont déjà été jugées et condamnées. Ces pratiques sont associées, selon les témoignages recueillis sur place, à des croyances occultes ainsi qu’à la recherche d’argent.
Dans une ferme familiale près de Bayanga, Ruffin montre la tombe vandalisée de son père. « On a découvert cela un matin, en venant au champ, raconte-t-il. Ils ont cassé les bois du cercueil et ont pris tout ce qui était à l’intérieur. Ils ont pris tous les ossements de notre père. C’est un double deuil, car jusque-là, on n’arrive pas à retrouver leurs traces. »
Dans cette ville où 80 % des habitants vivent de l’agriculture, la peur pousse de nombreux villageois à éviter de s’éloigner seuls des zones habitées. « Nous avons peur d’aller seuls dans les champs, témoigne Roseline, une habitante de Bayanga. Certains préfèrent attendre d’être accompagnés, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Plusieurs habitants disparaissent sans laisser de trace, dans des circonstances difficiles à expliquer. »
Un phénomène documenté depuis plusieurs années dans la région
Le phénomène n’est pas nouveau dans la préfecture de la Sangha-Mbaéré, dont dépend Bayanga. Dès 2023, des habitants de localités voisines avaient déjà signalé des exhumations de corps et exprimé des craintes similaires liées à un trafic de sang et de placenta. En mars 2026, le préfet de la Sangha-Mbaéré avait publiquement reconnu, selon Radio Ndeke Luka, l’existence de ce trafic d’organes et d’ossements dans la région, à la suite de plaintes d’habitants et d’une alerte de la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme.
Un appel des autorités locales renforcé
Face à cette situation, les autorités appellent au renforcement de la présence sécuritaire. « Les forces de sécurité intérieure ne couvrent pas toute la localité, déplore Roseline. C’est pourquoi les bandits en profitent pour commettre leur forfait. Il y a de l’insécurité autour de la ville. Nous demandons que les autorités prennent cette situation au sérieux. » Kévin Rodrigue Mborolo, secrétaire général de la sous-préfecture de Bayanga, a de son côté lancé un appel aux acteurs judiciaires et au gouvernement pour mettre fin à ce phénomène.
Dans le village voisin de Yandoumbé, la mise en place de comités de défense et de patrouilles nocturnes associant police, gendarmerie et écogardes, entre 20 heures et 5 heures du matin, a permis de faire reculer les cas signalés : aucun nouveau cas n’y avait été recensé depuis quatre mois, selon un bilan local dressé fin juillet 2026. Ce précédent illustre l’une des pistes envisagées pour endiguer le phénomène ailleurs dans la préfecture.


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