Burkina Faso : deux activistes libérés après un enrôlement illégal
Le 6 octobre, les autorités burkinabè ont libéré Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo, deux membres du mouvement civique Balai Citoyen qui avaient été contraints, selon leurs proches et organisations de défense des droits, à rejoindre les forces armées après des prises de position contre la junte militaire. Cette libération intervient alors que la « mobilisation générale », décrétée par le pouvoir pour faire face à l’insurrection armée, est régulièrement dénoncée comme un instrument de répression contre les voix dissidentes.

SOMMAIRE
La remise en liberté des deux militants est perçue par des ONG comme un soulagement ponctuel mais non isolé dans un contexte où les atteintes aux libertés ont augmenté depuis le putsch de 2022. Des organisations internationales et locales ont documenté des arrestations ciblées, des détentions arbitraires et l’emploi de mesures d’exception pour neutraliser journalistes, opposants et activistes.
Selon les éléments rendus publics, Zinaba et Badjo avaient d’abord reçu, en novembre 2023, une notification de réquisition dans le cadre de la mobilisation générale, au même titre qu’une dizaine d’autres journalistes et militants. En décembre 2023, un tribunal de Ouagadougou a jugé illégales certaines de ces ordonnances et a demandé leur suspension, mais les deux hommes ont été finalement interpellés en février 2024. Durant l’été 2024, des images diffusées par la télévision nationale les montrent en tenue militaire, armés et prononçant des propos favorables aux autorités.
La loi de mobilisation générale : cadre juridique et dérives alléguées
La déclaration de mobilisation générale, publiée en avril 2023 pour répondre à la montée des attaques djihadistes, confère au chef de l’État des pouvoirs étendus pour enrôler des civils dans la défense nationale. Le cadre juridique prévoit en théorie des garanties minimales — information sur la durée du service et possibilités de recours — mais, selon plusieurs rapports, ces garanties n’auraient pas toujours été respectées.
Des instances de la société civile et des observateurs indépendants accusent la junte d’avoir transformé la réquisition en un levier de pression politique. Au-delà de cas isolés, les critiques rapportent l’usage de la conscription pour punir des journalistes, des magistrats, des procureurs et des militants, parfois au terme de procédures jugées fabriquées ou sans élément probant.
Balai Citoyen indique avoir déposé une plainte auprès des services de police après l’arrestation de Zinaba et Badjo, sans suite apparente. Par ailleurs, des personnalités comme l’avocat Guy Hervé Kam restent emprisonnées sous des chefs d’accusation dénoncés par leurs soutiens comme mensongers, tandis que d’autres, dont le journaliste d’investigation Serge Oulon, sont portés disparus selon des signalements d’organisations de défense des droits.
Des ONG internationales, notamment Human Rights Watch, demandent la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes détenues arbitrairement et l’arrêt de l’utilisation de la conscription comme instrument de répression.

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