News et Infos du Bénin, d'Afrique et dans Monde

Bénin: « déguisé, j’étais parti et j’ai laissé ma famille », Adolphe Houssou parle de son exil forcé

En 2020, pendant que la Covid-19 dictait sa loi, le Secrétaire général du syndicat national du personnel administratif, assimilé et technique du ministère de la santé (Synpat-MS), Adolphe Houssou était monté au créneau pour dénoncer les mauvaises conditions de travail des agents de santé. Selon ses dires, ses sorties médiatiques lui ont valu l’exil, qui visiblement est passé inaperçu. Désormais de retour, il revient sur les circonstances de départ forcé.

Désormais ex-Secrétaire général du Synpat-MS, Adolphe Houssou n’est pas prêt d’oublier son dernier combat en faveur des agents de santé. Il se dit fier d’avoir mené l’ultime bataille, même s’il en garde un douloureux souvenir. En effet, face à la Covid-19, qui était aux premières heures de son apparition au Bénin, Adolphe Houssou avait dénoncé l’absence de mesures de protection à l’endroit des agents de santé.

Selon lui, les bavettes, les gants et autres matériels faisaient défaut, et les professionnels de santé seraient « contraints d’utiliser une bavette pendant une semaine alors que les normes recommandent son changement toutes les 4 heures ». « Après mon intervention qui a été critiquée, le cabinet a pris une note de service pour lancer la distribution des gels et bavettes aux agents », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à Crystal News le 03 avril 2022. Il avait eu gain de cause pour son organisation syndicale, mais il a dû vivre en clandestinité, loin de ses collègues et famille.

« J’étais parti et j’ai laissé ma famille »

Selon les dires de l’ancien secrétaire général du syndicat national du personnel administratif, assimilé et technique du ministère de la santé (Synpat-MS), il avait été persécuté pour avoir défendu les syndiqués. La première alerte lui a été donnée pendant qu’il était en mission à Natitingou avec Noël Chadaré, Secrétaire général de la Cosi-Bénin. Il avait été informé de ce que son intervention dans la presse n’a pas été du goût du ministre, et qu’il pourrait même être débarqué de son poste.

Adolphe Houssou a continué normalement ses activités comme si de rien n’était. Mais quelques jours après, la pression était devenue pesante. « Le samedi qui a suivi, je revenais à la maison quand j’ai reçu un appel pressant. L’interlocuteur au bout du fil lui demande de ne pas rentrer. J’étais déjà au poste de péage, on m’a dit de ne pas traverser », a-t-il confié. Les échanges entre Noël Chadaré et l’autorité ministérielle n’ont servi à rien. « Chadaré m’est revenu pour dire : « telle que la chose se dessine, ne rentre pas ».

Dans la foulée, le syndicaliste du secteur de la santé a reçu un coup de fil de l’ancien Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin), Dieudonné Lokossou. « Dieudonné Lokossou m’a appelé la nuit et m’a dit : « si tu n’as pas quelque part où aller, viens chez moi » », a confié Houssou.

« Pendant ce temps, la police avait déjà entouré ma maison »

Découragé et déboussolé, Adolphe Houssou ne sait plus quoi faire. Partir ou rester ? Il a eu l’idée de prendre l’avis de sa fille aînée et de son épouse. A l’unisson, les deux lui ont demandé de partir, parce qu’elles étaient aussi conscientes du danger. A le croire, la police se faisait déjà remarquer dans le périmètre de son domicile. « Pendant ce temps, la police avait déjà entouré ma maison », a-t-il précisé.

J’ai fait une semaine ici à Cotonou d’abord. C’est un agent de santé qui m’a sorti du pays. J’étais parti comme ça, déguisé, en traversant les frontières. J’étais parti et j’ai laissé ma famille.

Adolphe Houssou

Adolphe Houssou a pu se mettre à l’abri hors des frontières béninoises, mais il n’avait pas l’esprit tranquille. « J’ai été hébergé dans une maison bien bâtie, mais je ne pouvais pas dormir. Je n’étais pas tranquille. Je pensais à ma famille. C’est là où l’exil est difficile », a-t-il confié.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.