Afrique de l’Ouest : la BAD pointe un problème de « tuyauterie » plutôt qu’un manque d’argent
L’Afrique de l’Ouest doit mobiliser entre 90 et 100 milliards de dollars par an pour atteindre ses objectifs de développement, selon le rapport régional 2026 de la Banque africaine de développement. L’institution estime toutefois que la région ne souffre pas principalement d’un manque de capitaux, mais de difficultés à orienter efficacement les ressources disponibles vers les investissements productifs.

SOMMAIRE

Le rapport de la BAD met en avant une faiblesse de l’intermédiation financière, qui limite la transformation de l’épargne en financements à long terme. Cette situation contribue à maintenir l’effort d’investissement autour de 23 à 24 % du produit intérieur brut, un niveau jugé insuffisant au regard des besoins de la région.
La pression fiscale reste également faible, notamment au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, où elle s’établit à 14,9 %. Cette capacité limitée à mobiliser les recettes publiques réduit les marges de manœuvre des Etats pour financer les infrastructures, les services sociaux et les investissements nécessaires à la transformation économique.
Pour la BAD, l’enjeu réside donc moins dans la disponibilité théorique des fonds que dans les mécanismes permettant de les capter, de les sécuriser et de les affecter aux secteurs prioritaires. Les économies ouest-africaines disposent de ressources, mais celles-ci circulent encore difficilement vers les projets susceptibles de soutenir durablement la croissance.
Des ressources difficiles à orienter
Le diagnostic de la banque s’apparente à un problème de tuyauterie financière. Les capitaux peuvent être présents dans les économies, les banques ou les marchés, mais les canaux de transmission vers les entreprises et les projets publics restent trop étroits ou trop fragiles.
Cette faiblesse de l’intermédiation pèse particulièrement sur les investissements de long terme. Les infrastructures, l’énergie, les transports ou encore les secteurs sociaux nécessitent des financements importants et prévisibles, alors que les systèmes financiers régionaux privilégient souvent des opérations plus courtes et moins risquées.
La mobilisation de recettes intérieures constitue un autre levier central du rapport. Avec une pression fiscale de 14,9 % dans l’UEMOA, les Etats disposent de ressources limitées pour répondre à l’augmentation des besoins en matière de développement, dans un contexte marqué par la croissance démographique et l’urbanisation.
La BAD appelle ainsi à améliorer le fonctionnement des circuits financiers plutôt qu’à se concentrer uniquement sur la recherche de nouveaux bailleurs. L’objectif est de renforcer la capacité des Etats et des institutions financières à transformer l’épargne et les financements extérieurs en investissements concrets.
Un besoin de réformes financières
L’écart entre les besoins de financement et le niveau actuel des investissements souligne l’ampleur des ajustements nécessaires. La région doit parvenir à accroître simultanément ses recettes publiques, l’épargne mobilisable et la capacité des banques et des marchés à financer des projets de long terme.
Le rapport régional 2026 de la BAD place également la qualité de la gouvernance financière au centre de cette équation. Une meilleure collecte fiscale, une allocation plus efficace des dépenses et des mécanismes de financement plus adaptés pourraient contribuer à réduire le déficit annuel estimé entre 90 et 100 milliards de dollars.
La question n’est donc pas uniquement celle du volume des fonds disponibles. Elle concerne aussi la solidité des institutions, la fiabilité des projets présentés aux investisseurs et la capacité des économies ouest-africaines à créer les conditions nécessaires à une mobilisation durable des capitaux.
Selon la BAD, la réalisation des objectifs de développement de l’Afrique de l’Ouest dépendra ainsi de la modernisation de ses circuits financiers. Sans cette amélioration de l’intermédiation, l’augmentation des financements risque de ne pas se traduire par une hausse équivalente des investissements et de la croissance.



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