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RDC : les propos de Félix Tshisekedi sur un troisième mandat déclenchent une tempête politique

Des opposants et des acteurs de la société civile en République démocratique du Congo ont dénoncé jeudi les récentes déclarations du président Félix Tshisekedi, qu’ils perçoivent comme une ouverture à un troisième mandat malgré la limitation à deux quinquennats prévue par la Constitution. Ils accusent le chef de l’État de préparer le terrain à un maintien au pouvoir au‑delà de 2033 en remettant en cause les garde‑fous institutionnels.

POLITIQUE
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Le Président congolais Félix Tshisekedi
Le Président congolais Félix Tshisekedi
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SOMMAIRE

Mercredi lors d’une conférence de presse , Tshisekedi a évoqué la possibilité de reporter les prochaines élections en cas de persistance de l’insécurité à l’est du pays, tout en laissant entendre qu’un nouveau mandat pourrait être envisagé si « le peuple » le lui demandait. Ces propos ont ravivé les craintes d’un scénario de « glissement » ou de révision constitutionnelle destiné à contourner la limitation des mandats, plusieurs organisations rappelant que le texte fondamental de 2006 consacre cette clause comme un acquis démocratique majeur.

Lors de cette conférence de presse à Kinshasa, Tshisekedi a également défendu l’idée d’une réforme de la Loi fondamentale, qu’il juge « mal adaptée aux réalités du pays », en rappelant que « si changement il doit y avoir, les Congolais seront consultés ». Il a par ailleurs estimé qu’il pourrait être « malheureusement impossible d’organiser les élections » de 2028 si la guerre dans l’Est se poursuivait à un niveau rendant difficile le contrôle du territoire, une mise en garde que ses adversaires interprètent comme la justification anticipée d’un éventuel report du scrutin.

Les principaux partis d’opposition dénoncent un « projet de confiscation du pouvoir » et promettent de s’opposer par « tous les moyens pacifiques » à toute modification des dispositions qui limitent le nombre de mandats présidentiels. Des mouvements citoyens et des ONG de défense des droits humains rappellent que l’article 220 de la Constitution rend intangibles le nombre et la durée des mandats, et considèrent cette clause comme l’un des acquis majeurs de la transition politique congolaise.

Ces organisations mettent en garde contre un « syndrome du troisième mandat » déjà observé dans d’autres pays africains, où la remise en cause de la limitation des mandats a souvent débouché sur des crises politiques, des épisodes de répression et une hausse des violations des droits humains. Elles exhortent le président à réaffirmer sans ambiguïté son engagement à respecter la Constitution et le calendrier électoral, afin d’éviter une nouvelle séquence de tensions dans un pays encore fragilisé par les conflits armés et les crises institutionnelles passées.

Si le peuple veut, je l’accepterai

Le président congolais Félix Tshisekedi avait affirmé, lors de la conférence de presse à Kinshasa, ne pas avoir officiellement sollicité un troisième mandat, tout en laissant ouverte cette possibilité si elle devait être portée par une volonté populaire. « Je n’ai pas demandé de troisième mandat, mais je vous le dis, si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », a-t-il déclaré, une formule largement commentée en République démocratique du Congo.

Le chef de l’État a également évoqué l’hypothèse d’une révision, voire d’un changement de Constitution, estimant que le texte actuel serait mal adapté aux réalités du pays. Selon lui, toute modification majeure, notamment sur la question des mandats, devrait passer par une consultation des Congolais, possiblement par référendum. Cette position s’inscrit dans la continuité de déclarations faites en 2024 à Kisangani et à Lubumbashi, où il avait annoncé son intention de mettre en place une commission chargée de proposer un nouveau texte constitutionnel.

Interrogé par ailleurs sur la présidentielle prévue en 2028, Félix Tshisekedi a indiqué que l’organisation du scrutin pourrait être compromise si la guerre dans l’Est du pays se poursuivait. L’opposition et plusieurs observateurs y voient une possible justification d’un report électoral, dans un contexte déjà marqué par les débats sur la limitation des mandats et les craintes d’un prolongement du pouvoir présidentiel.

Levée de bouclier

Les déclarations de Félix Tshisekedi sur un possible troisième mandat et une réforme de la Constitution ont suscité une levée de boucliers dans l’opposition comme au sein de la société civile. Plusieurs responsables politiques dénoncent un « projet de confiscation du pouvoir » et parlent d’un « coup d’État constitutionnel » en préparation. Ils affirment que le chef de l’État cherche à s’« éterniser » à la tête du pays en remettant en cause la limitation à deux mandats présidentiels.

Des figures de premier plan, comme Moïse Katumbi, se sont alignées sur les mises en garde d’acteurs internationaux, notamment une résolution du Congrès américain, résumant leur position par un mot d’ordre sans ambiguïté : « pas de 3ᵉ mandat pour le président de la République, quel qu’il soit ». D’autres opposants, dans le camp de Martin Fayulu ou de Joseph Kabila, promettent de s’opposer « fermement, aux côtés du peuple », à toute révision touchant aux dispositions sur la durée et le nombre de mandats.

Plusieurs plateformes de la société civile ont lancé des campagnes publiques comme « Non au changement de la Constitution et à un 3ᵉ mandat » qui visent à informer l’opinion et à préparer des actions de mobilisation si un projet de révision aboutit. Une coalition plus large, qui regroupe partis et ONG, accuse la présidence de vouloir « garantir que Félix Tshisekedi conserve le pouvoir indéfiniment » et qualifie toute tentative de toucher à la clause de limitation des mandats de « haute trahison ».

Des militants et organisations de défense des droits humains expliquent que ce débat « réveille le traumatisme » de la fin de règne de Joseph Kabila, lorsque le report répété des élections avait provoqué une crise politique majeure. Ils rappellent que la limitation des mandats est considérée comme l’un des rares acquis solides de la Constitution de 2006, censé empêcher la personnalisation du pouvoir, et exigent que toute réforme institutionnelle soit clairement séparée de cette question.

En face, le camp présidentiel parle de « procès d’intention » et assure que Félix Tshisekedi ne cherche pas à modifier la Loi fondamentale pour rester au pouvoir, mais à « adapter » une Constitution jugée obsolète et rédigée « en temps de guerre ». Les proches du chef de l’État invitent l’opposition à « se préparer pour les élections de 2028 » plutôt qu’à « agiter la peur d’un troisième mandat », sans dissiper complètement les inquiétudes des détracteurs.

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