En Chine, deux ex-ministres de la Défense condamnés à mort pour corruption
Deux anciens ministres chinois de la Défense, Li Shangfu et son prédécesseur Wei Fenghe, ont été condamnés à mort avec sursis par un tribunal militaire pour de vastes affaires de corruption, ont rapporté jeudi les médias officiels chinois. Ces peines, généralement commuées en prison à vie après deux ans si aucune nouvelle infraction n’est constatée, s’inscrivent dans le cadre de la vaste campagne « anticorruption » menée depuis plus de dix ans par le président Xi Jinping, qui cible de plus en plus les hautes sphères de l’appareil militaire.

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Selon les décisions rendues publiques, Li Shangfu, ministre de la Défense pendant seulement quelques mois en 2023 avant sa spectaculaire disparition de la scène publique, est reconnu coupable d’avoir accepté des « montants colossaux d’argent et de biens » en échange de faveurs, en particulier dans l’attribution de contrats et de postes au sein du secteur des équipements militaires. Wei Fenghe, qui a dirigé le ministère de 2018 à 2023 et la puissante force des missiles de l’Armée populaire de libération, est lui aussi jugé pour avoir aidé des tiers à obtenir des avantages indus et pour avoir « perdu foi et loyauté » envers le Parti communiste, selon la télévision d’État.
Tous deux avaient déjà été exclus du Parti communiste chinois en 2024 pour « violations graves de la discipline du Parti et de la loi », leurs dossiers ayant été transmis au parquet militaire pour instruction. Les autorités accusent Li d’avoir « gravement contaminé l’environnement politique du secteur de l’équipement militaire », une formulation qui laisse entendre que la purge pourrait s’étendre plus largement dans la hiérarchie de l’Armée populaire de libération.
Ces condamnations interviennent alors que d’autres hauts responsables ont récemment subi le même sort dans d’autres secteurs stratégiques, comme l’ancien ministre de l’Agriculture Tang Renjian ou des dirigeants de grandes institutions financières publiques, signe de la volonté de Pékin de frapper fort pour faire exemple. En Chine, les condamnations à mort pour corruption sont souvent assorties d’un sursis de deux ans, puis transformées en réclusion à perpétuité, mais certains cas ont abouti à des exécutions effectives lorsque la justice estime que les faits ont causé un « tort extrêmement grave » à l’État et au parti.
La campagne anticorruption de Xi Jinping, un outil de pouvoir
Lancée dès son arrivée à la tête du Parti communiste chinois en 2012, la campagne anticorruption de Xi Jinping est présentée comme une lutte contre les « tigres et mouches », c’est‑à‑dire à la fois les hauts responsables et les cadres de rang inférieur. Officiellement, Pékin affirme vouloir assainir un système gangrené par les pots‑de‑vin, le népotisme et les détournements, qui menaceraient la légitimité du Parti et l’efficacité de l’État.
En plus de dix ans, des centaines de milliers de cadres ont été sanctionnés, dont de nombreux généraux, ministres, patrons d’entreprises publiques et responsables de provinces. Les affaires les plus graves, notamment dans les secteurs sensibles comme l’armée, l’énergie ou la finance, ont parfois débouché sur des condamnations à mort, souvent avec sursis de deux ans, peine généralement commuée ensuite en prison à vie.
Dans l’appareil militaire, la campagne a pris une ampleur particulière avec la restructuration de l’Armée populaire de libération et la mise au pas de la force des missiles et du secteur des équipements, accusés d’enrichissement massif et de clientélisme. Les cas de Li Shangfu et Wei Fenghe s’ajoutent à une série de purges visant des officiers supérieurs, qui sont accusés d’avoir « trahi la confiance du Parti » ou « gravement pollué l’environnement politique » de l’armée, des formules récurrentes dans la rhétorique officielle.
Des observateurs étrangers soulignent que cette vaste campagne a aussi une dimension politique : elle permet à Xi Jinping de consolider son pouvoir personnel, de neutraliser des réseaux rivaux et de renforcer la discipline interne avant les grandes échéances du régime. Pour le pouvoir, chaque nouveau procès de haut responsable constitue à la fois un message de dissuasion et une démonstration que « personne n’est au‑dessus des règles », même si ces règles restent étroitement contrôlées par le sommet du Parti.



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