News et Infos du Bénin, d'Afrique et dans Monde

Qu’est-ce que la charia, cette loi islamique à géométrie variable ?

Le retour des talibans à la tête de l’Afghanistan fait craindre la réinstauration d’une version ultra-rigoriste de la charia. Très diversement interprétée et appliquée dans les pays qui l’invoquent, cette loi islamique est à nouveau propulsée au premier plan de l’actualité, après la prise de pouvoir par les talibans en Afghanistan.

Au pouvoir entre 1996 et 2001, les talibans avaient imposé leur lecture de la charia, interdisant jeux, musique, photographies ou encore télévision. Les meurtriers étaient exécutés en public, les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et celles jugées coupables d’adultères étaient fouettées et lapidées à mort.

Cinq jours après leur entrée dans Kaboul, les talibans dévoilent, par touches successives, les contours de l’Émirat islamique qu’ils entendent rétablir. Les talibans ont affirmé qu’ils se consacraient aux droits des femmes dans le cadre de la loi islamique, ou charia. Voici en 5 points, cette loi islamique dont découlent des droits et devoirs pour les musulmans.

1- La voie pour respecter la loi de Dieu

La charia est d’abord un mot, un mot d’arabe. Il n’est pas doté d’un sens propre, clair, manifeste, universel. De ce fait, seuls les usages qui en sont faits à travers le temps et l’espace nous disent ce qu’il est. Autrement dit, il n’est pas de signification intrinsèque qui soit accessible à l’entendement, humain à tout le moins.

En arabe, le terme « charia » signifie « voie », « chemin ». Dans un contexte religieux, il désigne « le chemin, la voie d’accès pour respecter la loi de Dieu ». La charia est ainsi une sorte de code de conduite islamique, qui fixe aux musulmans un ensemble de règles, interdits ou sanctions. Elle peut régir les transactions financières, les infractions pénales, les affaires judiciaires mais aussi le droit de la famille, ou encore la tenue ou même l’alimentation des musulmans.

2- Une loi islamique à géométrie variable

Comme tout système juridique, la charia est complexe et sa pratique dépend entièrement de la qualité et de la formation des experts. Les juristes islamiques émettent des conseils et des décisions. Les conseils qui sont considérés comme une décision juridique officielle sont appelés fatwa.

Il existe cinq écoles différentes de droit islamique. Il y a quatre écoles sunnites : Hanbali, Maliki, Shafi’i et Hanafi, et une école chiite, Jaafari. Les cinq écoles diffèrent dans leur interprétation littérale des textes dont est issue la charia. L’interprétation de la loi islamique est également nuancée en fonction de la culture et des coutumes locales, ce qui signifie que la charia peut avoir une apparence très différente selon les endroits.

3- Quelles sont ses sources fondamentales de la charia ?

Les sources fondamentales de la charia sont le Coran et la Sunna (les paroles et les actes du prophète Mahomet). Il existe une série d’autres principes que les érudits musulmans utilisent pour déterminer comment Dieu veut que les musulmans vivent. Un érudit, le juriste (faqih), est le principal interprète de cette loi et produit le fiqh.

Le fiqh régit le comportement approprié dans deux types de relations : celles entre Dieu et les humains, en particulier les devoirs religieux de l’humanité, et celles entre les humains eux-mêmes. Il divise les activités humaines en celles qui sont obligatoires, recommandées, neutres, déconseillées ou interdites (haram). L’ijtihad est le processus par lequel un juriste utilise sa raison pour trouver une solution à une question juridique qui n’est pas directement traitée dans le Coran ou la Sunna. C’est ce rôle de la raison individuelle qui permet à la charia d’être dynamique et de s’adapter aux nouvelles situations.

4- Qu’en est-il des punitions sévères pour les crimes ?

La charia divise les infractions en deux catégories générales : les infractions « hadd », qui sont des crimes graves passibles de peines fixes, et les infractions « tazir », pour lesquelles la sanction est laissée à la discrétion du juge. Egalement, la loi islamique exige des punitions très sévères pour certains crimes (le « hudud »).

« Hudud », qui signifie « limite » ou « frontière ». Il s’agit notamment de l’adultère ou de la fornication, de la fausse accusation de fornication, de la consommation de substances toxiques, de certains types de vol et du vol à main armée ou du banditisme. Les punitions pour les crimes hudud, telles que définies dans le Coran et la Sunna, sont extrêmement sévères. Si nous prenons comme exemple les punitions pour l’adultère ou la fornication (zina), le Coran dit que ceux qui s’y adonnent doivent être fouettés 100 fois. Les hadiths ajoutent que si la personne impliquée est célibataire et n’a pas été mariée, elle doit également être exilée pendant un an ; et que les hommes et les femmes mariés coupables d’adultère doivent être punis par lapidation à mort.

Ces punitions scripturaires pour ces actes horrifient les gens aujourd’hui. Cependant, il existe plusieurs conditions importantes qui atténuent la sévérité de ces punitions. En plus de prévoir des punitions sévères, le Coran et la Sunna exigent un niveau de preuve extrêmement élevé avant que ces punitions puissent être appliquées. Dans l’ensemble, il semble donc que les hudud aient été conçus pour être suffisamment sévères pour dissuader les musulmans de commettre des crimes, mais avec des normes de preuve suffisamment élevées pour que les punitions prévues soient rarement appliquées.

5- Quelle est la position des femmes dans la loi islamique ?

La position des femmes dans la charia est un autre sujet de débat intense. De nombreux non-musulmans supposent que les femmes sont placées dans une position intrinsèquement subordonnée – symbolisée par la fameuse affirmation selon laquelle le témoignage d’une femme ne vaut que la moitié de celui d’un homme.

Dans l’islam, les hommes et les femmes sont reconnus comme des égaux moraux aux yeux de Dieu, mais sont considérés comme ayant des rôles, des droits et des obligations distincts et complémentaires (la maternité étant une position particulièrement honorée). En outre, de nombreux musulmans considèrent que l’Islam est plus émancipateur pour les femmes que la culture occidentale d’aujourd’hui, qu’ils considèrent comme ayant réduit les femmes à de simples objets sexuels.

En outre, il existe indubitablement des différences nettes entre les droits des hommes et des femmes dans certains domaines du fiqh qui heurtent l’hypothèse occidentale selon laquelle tout le monde devrait avoir des droits identiques. Comme on le sait, par exemple, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à quatre femmes simultanément, alors que les femmes ne peuvent avoir qu’un seul partenaire à la fois. Les hommes ont également le droit unilatéral de divorcer de leurs épouses (talaq), tandis que les femmes peuvent initier un divorce (khula), mais en fin de compte, le divorce doit être accepté par le mari.

L’idéologie de base des Taliban reste la même

Sous leur précédent régime, les jeux, la musique, la photographie, la télévision étaient interdits. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués. Les filles n’avaient aucun droit à l’éducation. Quant aux femmes, elles avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin ou encore de travailler. Et si elles étaient accusées de crimes, tels que l’adultère, c’était le fouet et la lapidation à mort. Tout ceci, au nom de l’application de la loi islamique. 

La charia est source de législation dans des pays comme l’Égypte, le Pakistan, l’Iran, dans 12 Etats du Nigéria, le Koweït ou le Yémen, mais avec une application des sanctions très variable. L’Arabie saoudite, une monarchie absolue, est dotée depuis 1992 d’une Loi fondamentale assimilée à une Constitution, reposant sur la charia. L’homicide, le viol, le trafic de drogue, les attaques à main armée, la sorcellerie, l’adultère, la sodomie, l’homosexualité et l’apostasie sont passibles de la peine capitale.

Durant les 30 ans de règne d’Omar el-Béchir (1989-2019), le Soudan a appliqué une version très rigoriste de la charia. Des milliers de Soudanaises ont été condamnées à de lourdes amendes et flagellées, pour « tenue indécente » ou consommation d’alcool, selon des membres de la société civile. En novembre 2019, les nouvelles autorités ont abrogé une loi visant les Soudanaises jugées coupables d’ » actes indécents et immoraux », mais le reste de l’arsenal discriminant les femmes est resté en place.

1 commentaire
  1. Le Maire dit

    Heureusement le ridicule ne tue pas. La charia n’a jamais été a géométrie variable. Elle est une et même partout si elle est appliquée. Que c’est pitoyable de faire des commentaires sur ce qu’on ne connait point.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.