Niger – Algérie : à Alger, Abdourahamane Tiani veut relancer la coopération sécuritaire et énergétique

Le chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger, Abdourahamane Tiani, a achevé le 16 février 2026 un déplacement officiel de deux jours en Algérie, scellant la décrispation progressive des relations entre Niamey et Alger après plusieurs mois de fortes turbulences diplomatiques. Cette séquence marque un tournant dans les rapports entre les deux capitales, dans un contexte sahélien particulièrement sensible sur les plans sécuritaire et énergétique.

DIPLOMATIE
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Niger: la visite à Alger du général Abdourahamane Tiani met fin à plusieurs mois de crise
Niger: la visite à Alger du général Abdourahamane Tiani met fin à plusieurs mois de crise
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SOMMAIRE

À son arrivée à Alger, le dirigeant nigérien était accompagné d’une importante délégation ministérielle, signe de l’importance stratégique accordée à cette mission. Il a été reçu au palais présidentiel par son homologue, Abdelmadjid Tebboune, pour des entretiens en format restreint puis élargi aux membres des gouvernements respectifs. Les images officielles diffusées à l’issue de la rencontre ont montré une atmosphère cordiale, contrastant avec la période de crispation observée en 2025.

Cette visite intervient quelques jours seulement après la reprise effective des fonctions des ambassadeurs nigérien et algérien, rappelés au plus fort de la crise. Leur retour respectif à Niamey et à Alger, début février 2026, avait déjà été interprété comme un signal clair d’apaisement et de volonté commune de normaliser les échanges bilatéraux.

De la crise du drone à la relance stratégique

L’origine du différend remonte à la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. L’armée algérienne avait alors abattu un drone malien de type Bayraktar Akinci, immatriculé TZ-98D, près de la zone frontalière de Tin Zaouatine. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré d’environ deux kilomètres dans son espace aérien, tandis que Bamako soutenait qu’il menait une opération antiterroriste contre un groupe armé localisé côté malien, à plusieurs kilomètres au sud de la frontière.

L’incident avait rapidement pris une dimension régionale. Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Niger et Burkina Faso — avaient rappelé leurs ambassadeurs en poste à Alger pour consultations et convoqué le représentant algérien à Bamako. En réponse, l’Algérie avait appliqué le principe de réciprocité, procédant au rappel de ses diplomates au Mali et au Niger, tout en gelant sa représentation au Burkina Faso. Alger avait également fermé son espace aérien aux vols maliens.

Dans ce climat tendu, la coopération sécuritaire, notamment au sein des mécanismes régionaux de lutte contre le terrorisme, avait été fragilisée. L’exclusion d’Alger du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) avait illustré l’ampleur de la rupture politique. La visite d’Abdourahamane Tiani à Alger constitue ainsi sa première sortie hors de l’espace AES depuis 2023, avec une portée diplomatique notable.

Au cœur des discussions figurait la coordination dans la lutte antiterroriste, priorité partagée par les deux pays confrontés à l’instabilité transfrontalière. Les échanges ont également porté sur les flux migratoires et la sécurisation des frontières communes, dans une région où circulent groupes armés, trafics et réseaux clandestins.

Le volet énergétique a occupé une place centrale dans les entretiens. Les deux parties ont évoqué l’avancement du projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, infrastructure stratégique destinée à acheminer le gaz nigérian vers le marché européen. Des discussions ont également concerné l’exploitation du pétrole nigérien, notamment dans le bassin de Kafra, ainsi que les perspectives de coopération dans les hydrocarbures et les infrastructures connexes.

Aucune liste détaillée d’accords formellement signés n’a toutefois été rendue publique à l’issue de la visite. Les autorités ont surtout mis en avant des engagements sectoriels et des intentions de partenariat dans des domaines variés tels que la défense, la formation, la santé, les transports et les télécommunications. Cette approche suggère une dynamique de relance progressive plutôt qu’une annonce spectaculaire de nouveaux protocoles.

Sur le plan régional, ce rapprochement repositionne le Niger dans un rôle potentiellement charnière entre Alger et ses voisins sahéliens, en particulier le Mali, avec lequel les relations algériennes demeurent marquées par des désaccords persistants. En affichant la volonté de renforcer des « liens fraternels » qualifiés de modèle africain par le président Tebboune, les deux capitales entendent désormais ouvrir une phase de coopération stratégique au service de la stabilité du Sahel.

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