Guerre au Moyen-Orient: l’insécurité alimentaire mondiale pourrait atteindre un nouveau record, avertit l’ONU
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a tiré la sonnette d’alarme mardi 17 mars : si les hostilités au Moyen‑Orient se prolongent, jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires risquent de basculer en famine aiguë en 2026. Le rapport met en avant l’impact indirect du conflit — flambée des prix de l’énergie et des engrais, et perturbations des routes commerciales — comme moteur principal de cette aggravation.

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Ces 45 millions viendraient s’ajouter aux quelque 318 millions d’individus déjà confrontés à une insécurité alimentaire sévère dans le monde. Le PAM souligne également que ce niveau est supérieur d’environ 14 millions aux chiffres relevés lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, traduisant une dégradation continue de la situation alimentaire mondiale.
Les perturbations maritimes jouent un rôle central dans cette dynamique : un quasi‑arrêt du trafic dans le détroit d’Ormuz et l’augmentation des risques pour la navigation en mer Rouge pèsent fortement sur les coûts du carburant, de l’énergie et des intrants agricoles, renchérissant le prix des aliments et des intrants sur les marchés internationaux.
Le rapport identifie deux zones particulièrement exposées : l’Asie, puis l’Afrique de l’Est et australe. Ces régions sont très dépendantes des importations de produits alimentaires et d’énergie et subissent déjà des hausses de prix et des ruptures d’approvisionnement qui compromettent la sécurité alimentaire de millions de ménages.
Vulnérabilités régionales et retombées économiques
Le PAM anticipe, selon ses projections, des augmentations significatives du nombre de personnes en insécurité alimentaire : une hausse estimée à environ 24 % en Asie, 21 % en Afrique de l’Ouest et centrale, et près de 17,7 % en Afrique de l’Est et australe. Ces chiffres mettent en lumière l’ampleur des conséquences attendues sur les populations les plus fragiles.
Plusieurs pays sont déjà confrontés à des effets concrets. En Somalie, frappée par une sécheresse prolongée, le prix des produits de première nécessité a bondi d’environ 20 %. Le Soudan importe près de 80 % de son blé et dépend largement des engrais et du carburant en provenance du Golfe, une situation similaire à celle du Kenya, de la Tanzanie et d’autres nations de la Corne de l’Afrique.
Au-delà des importations alimentaires, la crise menace aussi les transferts de fonds envoyés par des travailleurs établis dans les pays du Golfe, qui constituent une source de revenus vitale pour de nombreuses familles en Afrique. Le ralentissement ou la suspension de ces flux aurait des répercussions directes sur la demande intérieure et la capacité des ménages à acheter des denrées.
Le commerce régional subit déjà des dommages : les exportations de bétail de l’Afrique de l’Est vers la péninsule arabique — particulièrement importantes autour des fêtes religieuses comme l’Aïd — sont perturbées, privant les éleveurs d’une rentrée financière majeure. Par ailleurs, dans le Sahel, le démarrage des campagnes agricoles prévu pour juin rend urgente la disponibilité des engrais ; leur indisponibilité ou leur renchérissement risquent d’affecter les semis et les récoltes à venir, avec des effets en cascade sur la sécurité alimentaire et l’aide humanitaire.



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