Enrôlement forcé de Kényans dans l’armée russe : Nairobi hausse le ton, Mudavadi attendu à Moscou en mars
Le gouvernement kényan passe à l’offensive diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, se rendra à Moscou en mars 2026 afin d’aborder la question sensible de l’enrôlement forcé de ressortissants kényans dans l’armée russe. Une démarche qui intervient après plusieurs révélations faisant état de recrutements jugés « inacceptables et secrets » par Nairobi.

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Le 10 février 2026, lors d’un entretien accordé à la BBC, Musalia Mudavadi a confirmé l’existence de ces pratiques et annoncé son déplacement en Russie. Selon les autorités kényanes, près de 200 citoyens auraient été attirés par de fausses promesses d’emplois civils en Russie avant d’être enrôlés pour combattre en Ukraine.
Le dossier est devenu politiquement sensible après la mort de plusieurs Kényans sur le front ukrainien. Le gouvernement a depuis rapatrié 27 ressortissants, actuellement pris en charge, notamment sur le plan psychologique. Parallèlement, plus de 600 agences de recrutement suspectes ont été fermées à travers le pays.
Les victimes auraient été ciblées par des agences de placement promettant des emplois bien rémunérés en Russie : chauffeurs, ouvriers dans la transformation de viande, agents de nettoyage, personnel hôtelier, travailleurs du bâtiment ou encore logisticiens. Les recruteurs mettaient en avant des salaires attractifs, la prise en charge du transport, l’hébergement et les examens médicaux et un traitement accéléré des visas.
Les offres circulaient notamment via des groupes WhatsApp. Les candidats devaient verser environ 30 000 shillings kényans (près de 200 euros) pour obtenir un visa rapide. Les contrats, rédigés en russe, étaient présentés comme relevant d’une « initiative gouvernementale » conjointe entre le Kenya et la Russie.
À leur arrivée sur le territoire russe, les passeports auraient été confisqués. Les recrues étaient ensuite contraintes de signer des engagements militaires avant d’être envoyées en Ukraine, parfois sans formation adéquate. Certaines structures comme Chelete Global et Talent Shepherd ont été citées dans l’enquête, ce qui a conduit à une vaste opération de fermeture d’agences douteuses.
Une coopération bilatérale sous tension
La mission de Musalia Mudavadi s’annonce délicate. Nairobi entend obtenir des engagements clairs de la Russie pour mettre un terme définitif à ces recrutements. Parmi les priorités affichées on note la cessation immédiate de tout enrôlement impliquant des citoyens kényans, des clarifications sur les procédures de visa, la mise en place d’accords bilatéraux encadrant strictement l’emploi civil et la libération ou le rapatriement des Kényans encore engagés.
Le chef de la diplomatie kényane insiste toutefois sur une approche « constructive ». L’objectif n’est pas l’escalade diplomatique, mais la protection des ressortissants tout en préservant des relations historiques entre Nairobi et Moscou.
Depuis l’indépendance du Kenya en 1963, les relations avec la Russie (ex-URSS) ont été marquées par une coopération dans les domaines de l’éducation, de la défense et plus récemment de l’énergie et du commerce. Des étudiants kényans ont longtemps bénéficié de bourses dans des universités russes, et les échanges diplomatiques sont restés stables malgré les recompositions géopolitiques.
Cependant, l’affaire des enrôlements forcés met à l’épreuve cette relation. Les autorités kényanes affirment collaborer avec Moscou depuis plusieurs mois et avoir alerté leurs citoyens par l’intermédiaire de l’ambassade du Kenya en Russie.

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