Dossier Habyarimana : parquet et victimes s’opposent au non-lieu devant la cour d’appel de Paris
Ce mercredi 8 avril 2026, la chambre d’appel de Paris a statué sur le pourvoi visant l’ordonnance de non-lieu et le rejet d’actes complémentaires dont a bénéficié Agathe Habyarimana en août 2025. Le ministère public et le collectif des parties civiles rwandaises ont interjeté appel, contestant la décision qui, si elle était maintenue, mettrait un terme à une procédure engagée il y a près de vingt ans contre la veuve de l’ancien chef d’État Juvénal Habyarimana.

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La controverse porte en partie sur l’appréciation des preuves : les magistrats du premier niveau ont estimé que les éléments présentés n’étaient pas suffisants pour retenir des poursuites, position qui a irrité les victimes et le parquet. Selon eux, l’ordonnance présente l’ancienne première dame davantage comme une personne affectée par l’attentat du 6 avril 1994 — le crash de l’avion présidentiel ayant servi de point de départ au génocide des Tutsis — que comme une responsable du drame.
Du côté de la défense, on soutient que le dossier ne contient pas d’indices susceptibles de fonder une mise en examen et que le non-lieu était attendu. À l’inverse, le parquet et les représentants des victimes affirment qu’Agathe Habyarimana a eu un rôle actif dans la préparation et la mise en œuvre du massacre, et demandent que soient réexaminés des éléments qu’ils jugent décisifs.
Les associations de rescapés insistent notamment sur la place qu’aurait occupée l’ex-première dame au sein de l’entourage rapproché du pouvoir hutu, connu sous le nom d’« Akazu ». L’ordonnance contestée remet toutefois en question l’existence même de ce groupement tel qu’il est décrit par ces associations, ce qui alimente le différend entre parties.
Des omissions dénoncées par le parquet
Parmi les reproches formulés par le parquet national antiterroriste figurent l’écartement de plusieurs témoins jugés clés et la mise de côté de liens présumés entre Agathe Habyarimana et le mercenaire français Paul Barril avant et pendant les événements de 1994. Ces omissions sont présentées par l’accusation comme des éléments susceptibles de faire évoluer l’appréciation globale du dossier.
L’appel déposé devant la Cour d’appel vise donc à obtenir la réouverture de certains points de l’enquête et la production d’actes complémentaires, afin que la justice statue à nouveau sur la réalité et la portée des responsabilités alléguées dans ce dossier qui reste l’un des plus sensibles liés au génocide rwandais.



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