Diomaye Faye – Ousmane Sonko : la coalition au bord de l’implosion

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a remis en cause, dimanche 1er mars 2026, la place de son parti au sein de la coalition au pouvoir. Lors d’un échange filmé de plus de deux heures avec des militants du Pastef, il a évoqué la possibilité d’un retrait du mouvement de la majorité et d’un passage dans l’opposition, une déclaration qui relance les interrogations sur une crise politique au sommet de l’État.

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Interrogé sur ses rapports avec le président Bassirou Diomaye Faye, membre du même parti, Sonko a présenté plusieurs hypothèses quant à la poursuite de leur collaboration.

Il a indiqué qu’un maintien de l’alignement du chef de l’État sur la ligne du Pastef empêcherait toute discussion sur un changement, tandis qu’une divergence pourrait conduire à un compromis visant à partager le pouvoir sans rupture brutale. En cas de rupture profonde, il a averti que la cohabitation deviendrait très difficile et que le Pastef pourrait quitter la majorité parlementaire pour rejoindre l’opposition ; il a précisé que le mouvement ne rejetait aucune de ces possibilités.

Origines des tensions et éléments contextuels

Les tensions entre la présidence et le Premier ministre remontent à plusieurs mois, selon les éléments évoqués, et se sont accentuées depuis novembre 2025.

Le dossier le plus sensible porte sur les négociations avec le Fonds monétaire international. Un prêt de 1,8 milliard de dollars prévu en 2024 avait été suspendu après que le nouveau gouvernement a révélé un niveau d’endettement supérieur à celui communiqué par l’administration précédente de Macky Sall : la dette réelle dépasserait les 11 milliards de dollars.

Sur cette question, Sonko a refusé la restructuration de la dette aux conditions proposées par le FMI. De son côté, des voix au sein de l’exécutif, attribuées à l’entourage du président Faye, se sont montrées plus favorables à une approche assouplie. Des communiqués contradictoires publiés en novembre ont mis en lumière cette fracture.

Des désaccords existent également sur la stratégie économique globale, la manière de gérer les récentes violences dans les campus universitaires et sur le rythme des réformes annoncées pendant la campagne de 2024.

La trajectoire politique des deux hommes est liée : Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 par une décision judiciaire, avait alors soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye, inspecteur des impôts âgé de 44 ans, devenu le plus jeune président du Sénégal après sa victoire en avril 2024. Faye a nommé Sonko Premier ministre après son accession au pouvoir.

Au départ, cette répartition des rôles semblait stabiliser l’exécutif — le président comme figure institutionnelle et Sonko à la tête du parti et de la majorité parlementaire — mais la cohabitation est désormais source de tensions et la question de l’autorité politique se pose publiquement.

Face à ces divergences, la coalition a convoqué une Assemblée générale le 7 mars à Dakar, avec pour objectif officiel, selon la convocation, de « recadrer les orientations politiques du mouvement ». La réunion est présentée comme un test de loyauté entre partisans de Sonko et soutiens du président.

La diffusion du live a suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux sénégalais : les hashtags en lien avec Sonko et le Pastef ont dominé les tendances sur X (ex-Twitter) le 2 mars. Les avis rapportés sont partagés entre soutiens saluant la franchise du Premier ministre et militants préoccupés par le risque d’une crise institutionnelle pouvant affaiblir un pays encore en reprise économique.

Le Sénégal est souvent cité comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, image renforcée par la transition pacifique de 2024 après des mois de tensions et de manifestations. Une implosion de la coalition moins de deux ans après la victoire électorale serait perçue comme un signal préoccupant, d’autant que le pays poursuit des négociations avec le FMI et que la région sahélienne demeure instable sur le plan sécuritaire. Une cohabitation forcée entre un président et un Premier ministre en désaccord ouvert n’a, selon les éléments rapportés, jamais eu lieu au Sénégal.

À ce stade, aucune décision officielle de retrait n’a été annoncée. Sonko a posé des conditions, sans formuler d’ultimatum, et la frontière entre les deux n’a jamais été aussi tenue.

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