Crise de la dette en Afrique : un cycle sans fin

Malgré des indicateurs de croissance souvent favorables sur plusieurs économies du continent, l’Afrique continue de subir des épisodes répétés de tension sur ses finances publiques. La progression du produit intérieur brut ne suffit pas à protéger les États contre des cycles d’endettement qui se renouvellent sous l’effet de facteurs extérieurs et d’un cadre financier mondial mal adapté aux réalités africaines.

ACTUS
44 vues
Port de Tanger-Med
Crise de la dette: l’Afrique face à un cycle sans fin?
3 min de lecture
Google News Commenter

SOMMAIRE

Ces tensions prennent racine dans des perturbations extérieures — fluctuations des prix des matières premières, hausses des taux d’intérêt internationaux, crises sanitaires ou climatiques — qui minent les recettes publiques et rendent le remboursement des dettes plus fragile. À cela s’ajoutent des mécanismes de financement international souvent peu flexibles, qui peinent à offrir des instruments longs ou aménagés pour soutenir des trajectoires de développement durable.

Pour l’économiste gabonais Hugues Mbadinga Madiya, le remède ne viendra ni des plans d’ajustement rapides ni des refinancements ponctuels : il faut construire une industrie nationale capable de transformer les ressources sur place et d’engendrer une valeur ajoutée significative. À ses yeux, seule une stratégie industrielle de long terme affranchira progressivement les pays africains de la dépendance aux cycles extérieurs et confortera leurs capacités de résilience financière.

Transformer la matière première en richesse durable

La logique proposée met l’accent sur la transformation locale des matières premières — agricoles, minières ou forestières — afin de capter une plus grande part des revenus générés par ces secteurs. En pratique, cela suppose de développer des chaînes de valeur complètes : infrastructures de transport et d’énergie, usines de transformation, formation technique et institutions de recherche appliquée pour améliorer les procédés et la qualité des produits.

Un tel chantier requiert du temps et des financements adaptés. Mbadinga Madiya insiste sur l’importance d’un capital patient — investissements publics et privés sur des horizons plus longs, prêts concessionnels et partenariats stables — plutôt que sur des injections ponctuelles qui ne modifient pas en profondeur les structures économiques. La création d’emplois qualifiés et l’élargissement de l’assiette fiscale sont, selon lui, des retombées attendues qui rendraient les trajectoires d’endettement plus soutenables.

La réussite de cette transition dépend aussi d’une meilleure intégration régionale pour constituer des marchés plus larges, d’une amélioration de la gouvernance et de la lutte contre les obstacles administratifs et logistiques. Des plateformes portuaires et logistiques performantes, comme le montre l’image d’installations modernes au nord du continent, jouent un rôle clé pour réduire les coûts d’exportation et faciliter l’accès aux intrants nécessaires à l’industrialisation.

Enfin, l’économiste appelle à une refonte des instruments financiers internationaux afin qu’ils soutiennent réellement des stratégies de transformation structurelle : modalités de restructuration de dette plus souples, produits financiers indexés sur le développement et capacité de mobilisation de ressources à long terme. Sans ces réformes simultanées, les efforts nationaux risquent de buter sur des contraintes externes qui prolongeraient le cercle vicieux de l’endettement.

À NE PAS MANQUER

Commentaires

FIL D'ACTU
01:31 Soraya Riffy défend Naps après sa condamnation à 7 ans de prison