Cameroun : l’après Biya au cœur d’une révision constitutionnelle controversée
Le 4 avril 2026, lors d’un Congrès exceptionnel, les deux chambres du Parlement camerounais ont voté la modification de la Constitution instaurant la fonction de vice‑président. Selon le texte adopté, cette nouvelle autorité deviendrait le successeur constitutionnel du chef de l’État et prendrait automatiquement la direction de l’exécutif pour achever le mandat en cours en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du président.

SOMMAIRE

Ce changement, perçu comme une rupture institutionnelle majeure, suscite de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique. Pour certains observateurs, toutefois, il apporte une réponse juridique aux incertitudes qui entourent l’avenir de la présidence et la continuité de l’État.
Plusieurs acteurs lient directement cette réforme aux polémiques apparues après l’élection présidentielle d’octobre 2025 et aux débats sur la capacité d’un chef de l’État âgé de 93 ans à mener un nouveau septennat. Le politologue proche du pouvoir Mathias Eric Owona Nguini y voit une tentative d’apporter « un cadre constitutionnel prévisible » afin de garantir la stabilité si le président venait à être dans l’incapacité d’exercer.
La nouvelle disposition prévoit que le vice‑président, dès qu’il aura prêté serment, assumera la charge présidentielle jusqu’à la fin du mandat en cours — autrement dit jusqu’en 2032 — sans qu’il soit nécessaire d’organiser rapidement une présidentielle anticipée.
Conséquences pour le calendrier électoral et la compétition politique
La révision constitutionnelle intervient sans avoir été annoncée formellement pendant la campagne ni lors de l’investiture du chef de l’État ; aucun détail précis n’avait non plus été communiqué dans ses récents discours, où il avait seulement évoqué, le 31 décembre, l’arrivée d’un « nouveau gouvernement » dans les jours suivants.
Sur le plan électoral, les ajustements législatifs qui accompagnent la réforme autorisent déjà le report de scrutins : les élections législatives, qui avaient été décalées, sont désormais repoussées à 2027, et la modification du code électoral supprime la limite temporelle pour la prorogation des mandats des conseillers municipaux, ouvrant la porte à de nouveaux retards des municipales.
La nouvelle Constitution confère en outre au président sortant la prérogative exclusive de désigner le vice‑président. Pour Hilaire Kamga, responsable d’une plateforme de la société civile, cette mécanique institutionnelle témoigne d’une volonté du pouvoir de limiter la concurrence politique et de favoriser la pérennité du régime en place, au détriment d’une alternance ouverte.
Du côté des analystes économiques et sécuritaires, on note des attentes différentes. L’économiste Dieudonné Essomba estime que la création du poste pourrait réduire l’instabilité liée à une succession mal préparée : la désignation d’un suppléant constitutionnel diminuerait, selon lui, le risque d’une transition violente ou chaotique. Il considère aussi que le profil du vice‑président sera déterminant pour faire face aux défis du pays, notamment une situation économique tendue qui pourrait appeler des mesures d’austérité et le conflit sécessionniste qui perdure depuis huit ans dans les régions anglophones du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest.



Commentaires