Terrorisme en Afrique: des appels à renforcer la surveillance en ligne
À Freetown, en Sierra Leone, les chefs d’état‑major des pays de la CEDEAO tiennent leur sommet qui s’achève ce vendredi 27 février. Sur la table des discussions figure une question devenue incontournable : comment combattre efficacement le terrorisme à l’ère du numérique ?

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Les filières de recrutement se sont massivement déplacées vers les plateformes en ligne et une grande partie des activités illicites trouve désormais un terreau sur Internet. Parallèlement, les progrès rapides de l’intelligence artificielle introduisent de nouvelles complexités pour les services chargés de la sécurité.
Face à ces évolutions, les États africains doivent repenser leurs réponses : renforcer la prévention contre la radicalisation numérique, améliorer la détection des contenus illicites et adapter les outils d’enquête aux responsabilités transfrontalières du cyberespace.
Pour revenir sur ces enjeux, RFI a invité Franck Kié, spécialiste en cybersécurité d’origine ivoirienne et commissaire général du Cyber Africa Forum. Il s’entretient avec Sidy Yansané pour dresser un état des lieux et proposer des pistes d’action.
Axes prioritaires et recommandations
Franck Kié insiste d’abord sur la nécessité d’une coopération régionale soutenue : sans mécanismes de partage d’informations et d’alerte rapides entre États, les efforts restent fragmentaires et peu efficaces face à des réseaux qui n’obéissent pas aux frontières.
Il plaide également pour un renforcement des capacités techniques et humaines au sein des forces de sécurité et des structures judiciaires : former des analystes, créer des cellules spécialisées et doter les parquets d’outils numériques adaptés sont, selon lui, des priorités.
Le spécialiste souligne l’importance des partenariats public‑privé. Les opérateurs de plateformes, les fournisseurs de services cloud et les acteurs technologiques détiennent des données et des compétences cruciales ; les intégrer dans une dynamique conjointe permettrait d’accélérer la détection et la suppression des contenus illicites.
Sur la question de l’intelligence artificielle, Franck Kié invite à ne pas la considérer uniquement comme une menace : utilisée de manière éthique et contrôlée, elle peut améliorer la veille, automatiser le tri des signaux faibles et aider à remonter des chaînes de responsabilité. Mais cela exige des cadres juridiques clairs et des garde‑fous pour protéger les droits fondamentaux.
Enfin, il met en garde contre le déficit de ressources et la fuite des talents : sans investissements soutenus dans l’éducation, les laboratoires et les centres d’intervention informatique (CERT), les pays risquent de rester dépendants d’expertises extérieures et de voir leurs capacités de riposte limitées.
Pour Franck Kié, des rencontres comme le Cyber Africa Forum jouent un rôle clé en rassemblant décideurs, praticiens et entreprises afin de construire des réponses opérationnelles et adaptées au contexte africain — un chantier qui, selon lui, demande du temps, de la volonté politique et des moyens durables.

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