Nigeria : les expulsés du bidonville de Makoko ont peu d’espoir en l’avenir

En décembre, l’État de Lagos a ordonné la démolition d’une grande partie du bidonville de Makoko, une ancienne communauté de pêcheurs construite sur pilotis en bord de lagune. Les autorités invoquent des risques liés à la proximité de lignes à haute tension pour justifier l’éloignement des habitations. Cette semaine, le gouvernement a en outre annoncé avoir conclu un accord de développement urbain avec certains chefs de Makoko. Les personnes expulsées, qui ont perdu leurs biens, restent toutefois méfiantes quant aux bénéfices réels de ces projets.

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Un habitant du bidonville de Makoko, au Nigeria, une communauté de pêcheurs historique, bâtie sur pilotis en bord de lagune, après que l'État de Lagos en a demandé la destruction d'une bonne partie.
<span>Des habitants du bidonville de Makoko, au Nigeria, une communauté de pêcheurs historique, bâtie sur pilotis en bord de lagune, après que l'État de Lagos en a demandé la destruction d'une bonne partie.</span> <span>© Liza Fabbian / RFI</span>
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Des familles vivent à Makoko depuis plusieurs générations; certaines ont des origines à Badagry ou des liens avec le Bénin voisin. Parmi les expulsés figure Marcel Adigban et sa compagne, qui racontent que leurs habitations ont été détruites lors des opérations. Ils affirment que leur nourrisson, âgé de quelques jours, est décédé après avoir été exposé aux gaz lacrymogènes utilisés par les forces de sécurité pour disperser les résidents avant l’intervention des engins de démolition.

Marcel Adigban déclare n’avoir reçu ni préavis ni proposition de relogement et explique qu’il a cherché un terrain de remplacement sans disposer des moyens financiers nécessaires pour en acquérir un. Il se dit incertain des intentions des autorités concernant les modalités et l’accompagnement des personnes évincées.

Projet de réhabilitation du littoral et craintes des habitants

Le gouvernement de l’État prévoit des travaux de remise en état du littoral; des opérations de remblai ont été engagées parallèlement aux démolitions. Roderick Tosin Ayinde, directeur d’une école située à Makoko, estime que la terre pourrait être destinée à des promoteurs ou à des établissements hôteliers, citant des précédents dans des communautés comme Tarkwa Bay et évoquant la forte densité des îles de Lagos comme facteur de pression foncière.

Les autorités locales annoncent un investissement de 10 millions de dollars pour le projet, dont une part importante pourrait provenir d’un financement des Nations unies. Sur le plan humanitaire, Betty Abah, responsable de l’ONG CEE-Hope, indique que la situation sur place appelle des mesures d’urgence. Elle affirme que les autorités ont refusé de négocier avec des avocats ou des organisations non gouvernementales, ce qui, selon elle, a permis d’agir sans concertation et d’exploiter la méconnaissance de certains responsables communautaires. Elle interroge les pouvoirs publics sur les dispositifs de relogement et les compensations financières, et s’insurge face aux pertes humaines liées aux opérations.

Pour l’instant, les autorités ont déclaré qu’elles mettraient un terme aux démolitions et aux expulsions, tout en demandant à la population de ne pas reconstruire sur les zones détruites de Makoko.

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