Maroc : le géant des engrais OCP confronté aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient
Le conflit au Moyen-Orient, qui a éclaté le 28 février 2026 et provoqué notamment la fermeture du détroit d’Ormuz, bouleverse plusieurs chaînes d’approvisionnement mondiales. Parmi les secteurs touchés figure celui des engrais : les expéditions de soufre et d’ammoniac, deux intrants indispensables, voient leur acheminement perturbé.

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Ce passage maritime, hautement stratégique, servait de route pour une part importante des matières premières utilisées dans la fabrication d’engrais. Le Maroc, acteur majeur du secteur sur le continent africain, importe une part significative de ces produits depuis la région du Golfe et se trouve donc directement concerné par ces interruptions.
Selon des données de marché, le Royaume doit recevoir les dernières cargaisons de soufre en route depuis le Moyen‑Orient qui avaient franchi le détroit avant le déclenchement des hostilités le 28 février. Ces arrivages représentent la fin des flux déjà engagés avant la paralysie des voies maritimes.
Le groupe public OCP, poids lourd marocain des fertilisants, se voit contraint d’ajuster ses approvisionnements. En 2024, près de la moitié du soufre importé par l’entreprise provenait du Moyen‑Orient, ce qui explique l’urgence de diversifier les sources.
Approvisionnement assuré à court terme, mais vigilance sur la suite
Des spécialistes du marché africain des engrais expliquent que, dès le début du conflit, OCP a mis en place des stocks de précaution et a cherché des fournisseurs alternatifs. Les approvisionnements en ammoniac peuvent être réorientés vers des producteurs des Caraïbes ou des États‑Unis, tandis que le soufre peut être acheté auprès de pays comme le Kazakhstan, proches de bassins gaziers ou pétroliers.
À brève échéance, cette stratégie pourrait même profiter au groupe marocain face aux difficultés rencontrées par certains concurrents dans la région du Golfe. En revanche, une prolongation du conflit laisserait présager une tension sur les coûts des intrants, avec pour conséquence possible une hausse des prix des engrais.
Les experts rappellent cependant que la situation marocaine n’est pas représentative pour l’ensemble de l’Afrique. Plusieurs pays du continent, plus dépendants des imports directs du Moyen‑Orient et moins capables de constituer des stocks, sont plus vulnérables aux variations de prix et aux ruptures d’approvisionnement. Des États comme le Kenya et la Tanzanie subissent déjà des pénuries d’azote liées à leur approvisionnement depuis la région.
Si les hostilités devaient se prolonger, les conséquences humanitaires seraient lourdes : le Programme alimentaire mondial estime qu’environ 28 millions de personnes en Afrique pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë.



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